"A Good Man", le premier film français sur la parentalité des personnes trans, sort ce mercredi en salles

·5 min de lecture

A Good Man retrace l’histoire de la grossesse d'un homme transgenre. Un long-métrage qui veut mettre en lumière la parentalité des personnes trans, mais qui s'est heurté à des critiques de la part de spectateurs issus de la communauté LGBTQIA+.

A Good Man, qui sort ce mercredi 10 novembre au cinéma, est un film unique en France, le premier à aborder dans le cadre d'une fiction grand public la thématique de la parentalité des personnes transgenres.

Réalisé par Marie-Castille Mention-Schaar, connue pour Le Ciel attendra (2016), sur l'embrigadement de jeunes femmes dans le djihad, A Good Man raconte comment Benjamin (Noémie Merlant), un homme transgenre, va tomber enceint et donner naissance à l’enfant qu’il désire depuis toujours avec sa compagne, Aude (Soko). Sélectionné aux festivals de Cannes et Deauville, A Good Man s'inspire d'une histoire vraie, raconte à BFMTV Marie-Castille Mention-Schaar: 

"Au départ, c’était un documentaire réalisé par mon co-scénariste Christian Sonderegger sur son frère trans qui était à quelques mois de finir sa transition. Sa compagne était très angoissée à l’idée de la grossesse et s’ils voulaient un enfant de la manière la plus naturelle possible, il était celui qui dans leur couple pouvait encore porter cet enfant. Il ne l'a pas fait, parce qu’il avait très envie de faire une hystérectomie, mais il a ressenti cette douleur de devoir choisir entre son identité et sa parentalité, parce qu’il avait très envie de devenir père."

Si le cinéma français aborde rarement un tel sujet, Marie-Castille Mention-Schaar n'a pas rencontré de difficultés particulières pour monter son film: "Les partenaires financiers qui m’ont accompagné sur mes autres films m’ont fait confiance, parce que même si ce sujet est inhabituel dans le cinéma français, c'est un désir universel que tout le monde peut comprendre. Ils ont vu à quel point il était important de parler de ça. Et c'est ce que je constate aux avant-premières: il y a une forte identification à ce couple et à ces parents en devenir."

Et la réalisatrice d'ajouter: "Je fais des films pour le public le plus large possible, afin qu’il puisse ouvrir les yeux sur ce sujet. J'ai voulu que cela semble banal de voir cet homme enceint, que le film déconstruise cette image si forte de notre société dans laquelle seule une femme peut tomber enceinte. Il voit là un homme enceint, il voit un père et tout va bien."

Une histoire d'amour

Lors de l’écriture, il était "primordial" pour Marie-Castille Mention-Schaar d’avoir à ses côtés des personnes transgenres pour la conseiller. "J’aime aller au plus vrai, au plus juste. Je demande à être guidée, conseillée, corrigée. J’ai fait relire le scénario plusieurs fois, on a fait attention aux moindres détails, des costumes aux décors en passant aux attitudes. Je ne voulais surtout pas trahir ceux qui nous ont fait confiance en partageant leur vécu. C’était très important pour moi qu’ils ne se sentent jamais trahis."

Pour les besoins du rôle, Noémie Merlant a collaboré avec une orthophoniste qui travaille avec des personnes trans. "Elle a travaillé pour baisser la tessiture de sa voix, tout en sachant qu’il y avait un niveau en dessous duquel elle ne pouvait pas aller naturellement. Sans testostérone, c’était impossible. Comme c'était primordial pour moi qu’on ne se pose aucune question sur sa voix, j'ai trouvé un logiciel en postproduction pour baisser la tessiture de sa voix et arriver à la voix de Benjamin."

Malgré ces précautions, le film a été vivement critiqué par des spectateurs et de spectatrices issus de la communauté LGBTQIA+. Le choix d'engager une actrice cisgenre, Noémie Merlant, pour incarner un homme trans, fait notamment polémique. "Je comprends ce point de vue", indique dans Le Parisien Noémie Merlant, qui a reconnu avoir eu quelques réticences à endosser le rôle pour cette raison.

Les flashbacks évoquant la rencontre entre Aude et Benjamin avant sa transition divisent également. "Quand des personnes trans viennent voir le film en avant-première, elles me demandent parfois pourquoi j’ai tenu à avoir ces scènes qui peuvent poser problème. Je leur explique que le film est avant tout une histoire d’amour et qu'il est essentiel de montrer la rencontre entre Benjamin et Aude, pour que cette histoire d’amour soit évidente pour le public."

"Je peux comprendre leur questionnement"

La réalisatrice se dit "un peu déboussolée et contrariée" par les critiques. "Quand la démarche est de faire en sorte qu’on vive mieux ensemble, qu’on se comprenne, je suis toujours étonnée par les propos radicaux, dans un sens comme dans un autre. Pour moi, ce n’est pas ce qui fait avancer les choses. Après, je peux comprendre leur questionnement. Ceux qui ont déjà fait la démarche de voir le film et d’en parler, ça change beaucoup de choses. Ils voient notre respect."

"Ils voient aussi qu’il y a un acteur trans au casting, Jonas Ben Ahmed, mais qui ne joue pas le rôle d’un personnage trans", complète la réalisatrice. "Pour la première fois dans le cinéma français, un acteur trans n’a pas un rôle de personnage trans." Vu dans Plus belle la vie, Jonas Ben Ahmed a seulement une poignée de scènes dans A Good Man. Il devait en avoir davantage mais elles ont été coupées au montage.

À celles et ceux qui critiquent son choix de ne pas l’avoir pris pour incarner Benjamin, Marie-Castille Mention-Schaar répond: "Être trans n’est pas son métier. Son métier, c’est d’être interprète, de pouvoir accéder à tous les rôles. Et pas juste le sien, parce que acteur, ce n'est pas vivre et revivre son vécu, c’est pouvoir interpréter tout." Jonas Ben Ahmed a d'ailleurs passé des essais pour Benjamin, mais "il a très vite fait le constat qu’il n’avait pas l’expérience suffisante": "Il avait une partie du vécu, mais pas l’expérience en tant qu'acteur pour porter un tel personnage. Jonas a été le premier à me le dire." Il aura néanmoins un rôle plus important dans le prochain film de Marie-Castille Mention-Schaar, sur la musique.

Article original publié sur BFMTV.com

VIDÉO - Béatrice Denaes : “J’ai annoncé ma transidentité à ma femme et elle m’a répondu : ‘Qu’est-ce qu’on va devenir ?’”

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles