"Godillot", "notable", "techno", "fantôme"... Les 5 profils types des députés

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Il y a le député qui garde le micro lors d'une question au gouvernement alors que son temps de parole est écoulé. Le député qui, inlassablement, fait remonter les doléances de sa circonscription et tente de faire émerger nationalement des problématiques locales. Le député qui revêt par-dessus sa veste le costume de l'expert. Ou encore le député qu'on ne voit pas à l'Assemblée nationale.

À trois jours premier tour des élections législatives, Anne-Charlène Bezzina, maître de conférences en droit public à l'université de Rouen et à Sciences Po Paris, et Thomas Guénolé, politologue - engagé à gauche -, dégagent les profils-types des élus à l'Assemblée nationale.

· Le député "godillot"

Si ce parlementaire a été élu, c'est pour renforcer l'action de son parti - et pas question de sortir du rang.

"Le député "godillot", c'est celui qui vote toujours tout comme son parti, c'est le député-robot", décrit pour BFMTV.com le politologue Thomas Guénolé.

Pendant le premier quinquennat, les députés de la majorité ont souvent été accusés par l'opposition de correspondre à ce profil lorsqu'ils votaient en bloc derrière le gouvernement. Un syndicaliste cheminot a par exemple utilisé le terme de députée "Playmobil" pour décrire une élue de la majorité - une expression reprise à son compte récemment par l'insoumis François Ruffin, qui a appelé les électeurs de sa circonscription à ne pas "envoyer (à l'Assemblée) un député Playmobil pro-Macron qui va aller voter en cadence et au garde-à-vous".

Il faut dire que les désaccords peuvent parfois se payer cher. Pour avoir voté contre le projet de budget 2019, le député de Haute-Marne Sébastien Nadot a par exemple été exclu en 2018, devenant le premier "marcheur" à quitter le groupe LaREM lors de la mandature qui vient de se terminer.

· Le député "notable"

Ce député se distingue par son investissement dans sa circonscription et son ancrage territorial. Figure locale, il bénéficie de tout un réseau tissé au fil des années. "Sur les bancs de l'Assemblée, il va essayer de défendre les intérêts de ses habitants", résume Thomas Guénolé.

Avec son accent béarnais et ses chants régionaux qui fendent l'hémicycle, le député de Loire-Atlantique, Jean Lassalle qui ne se représente pas au profit de son frère cette année, "est une bonne illustration de ce profil", estime le politologue.

Ces figures se raréfient néanmoins. "Aujourd'hui, ce profil territorial se perd", constate Anne-Charlène Bezzina. "Devenir député est de plus en plus déconnecté de l'idée d'une carrière locale. C'est désormais considéré comme un tremplin pour accéder à un cabinet ou à un ministère du gouvernement."

· Le député "techno"

Tel un expert, il est reconnu par ses pairs comme spécialiste d'un sujet précis. Comptes publics, retraites, agriculture, santé... Issus de la société civile, mais pas toujours, ces députés sont des références dans l'hémicycle sur certaines thématiques techniques. En général, ils siègent dans une commission en lien avec leur domaine d'expertise.

"Charles de Courson par exemple, c'est Monsieur Finances publiques", s'amuse Thomas Guénolé. Le député centriste de la 5e circonscription de la Marne est aussi le vice-président de la commission des Finances.

Parmi ces profils, on retrouve aussi Jean-Baptiste Moreau, l'agriculteur-député de la République en Marche dans la Creuse par exemple, investi tout au long de son mandat auprès de la filière du chanvre en France pour permettre la culture et la production de produits à base de CBD.

Ou encore la députée ex-LaREM, Paula Forteza, spécialiste des questions numériques - en particulier d'éthique dans les nouvelles technologies - qui s'est mobilisée durant le débat autour des solutions de traçage pour limiter l’épidémie de coronavirus.

· Le député "star"

La renommée de celui-ci prospérait bien avant son élection à l'Assemblée. Dans la famille du député star, on demande "le tribun, figure de proue à gauche, Jean-Luc Mélenchon", annonce Anne-Charlène Bezzina.

"Avec sa façon d'haranguer et ses qualités de tribun, ce député insoumis me fait penser à un parlementaire de la 3e ou de la 4e République", dépeint la maître de conférence. "Il parle en arial 16 gras souligné, sa place est prépondérante dans l'opposition".

Thomas Guénolé cite également le mathématicien, ancien directeur de l'institut Henri-Poincaré et médaille Fields 2010, Cédric Villani, dont l'élection a été largement couverte par les médias. Le député de l'Essonne et candidat à sa réélection est entré au Palais-Bourbon en 2017 sous la bannière de LaREM, avant de passer dissident dans l'éphémère groupe "Écologie démocratie solidarité". Il fait désormais campagne sous l'étiquette de la Nupes.

· Le député "fantôme"

C'est celui qu'on ne voit pas vraiment dans les travées de l'Assemblée. Une fois élus, certains "malheureusement pensent que tout le travail est fait", regrette Anne-Charlène Bezzina. Pour illustrer son propos, la docteure en droit public pointe le nombre parfois réduit de votants dans l'hémicycle.

"Prenez la loi de finance de cette année par exemple", relève la politologue. En décembre 2021, l'adoption définitive a eu lieu en présence de 193 votants sur 577 parlementaires. "Ça se perd le bon travail de député!", déplore Anne-Charlène Bezzina.

La faute, selon elle, au non-cumul des mandats qui ne favorise pas l'ancrage dans les circonscriptions, à la "sur-représentation" de la majorité dans l'hémicycle qui "ne pousse pas les députés à se déplacer".

Article original publié sur BFMTV.com

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