En Gironde, des pompiers fatigués mais portés par la solidarité de la population

"On n'a pas de canapé ni la télé, mais on arrive à se détendre" : harassés par leur lutte nocturne contre le mégafeu de Landiras, en Gironde, des pompiers d'Ile-de-France profitent d'un instant de repos, portés par la solidarité qui s'est organisée autour d'eux.

Sur les routes qui mènent à la zone sinistrée, à travers les villages et hameaux évacués, entre vignes et forêts de pins, les pancartes accrochées aux portails fermés et aux maisons vides ont fleuri : "Merci pour nos vies et notre forêt", "Vous êtes des héros", "Courage aux pompiers".

"Cet élan de solidarité, ça nous touche ", remarque Lucas Frangeul, "fatigué". Ce jeune pompier de l'Essonne est assis sur un lit de camp dans l'école de la petite commune non évacuée de Saint-Michel-de-Rieufret, 500 habitants, qui sert de lieu de repli à sa colonne arrivée en renfort de région parisienne dès le 14 juillet, deux jours après le départ de feu.

"La population fait énormément de choses pour nous. L'autre jour, un monsieur est venu nous faire une paëlla. Pour les remercier, on fait parfois monter les enfants dans les camions", dit-il. Ses collègues plus expérimentés "n'ont jamais vu ça".

Ces Franciliens sont revenus du feu à 05H00, après presque 24 heures en opération, s'apprêtent à y retourner vers midi. Ils sont chargés de surveiller l'arrière du feu, qui avait brûlé mercredi 13.600 hectares de forêt. Ils "noient des lisières" et se projettent sur toute reprise de feu.

A l'école, des pompiers font des va-et-vient entre les lits de camp, les douches et la zone de restauration ou discutent près des véhicules. D'autres préparent leur paquetage. Des hamacs sont tendus entre des arbres.

"On se repose dès qu'on peut mais c'est notre métier de sentir la fatigue", assure Florian Hendriks, 34 ans, venu de Seine-et-Marne.

- "Désolant" -

Les attentions et la générosité de la population, qui se mesurent notamment à quelques km de là, dans la salle des fête de Landiras où affluent les dons alimentaires, "ça nous renforce dans notre envie de nous battre", assure M. Hendriks. "On est en symbiose".

Non loin, le caporal Florent Lemoine se brosse les dents. "On vient de se réveiller, et on repart", glisse-t-il, motivé. "On veut casser la tête au feu et protéger les maisons comme si c'était les nôtres".

"C'est désolant de voir ça mais c'est stimulant en terme de technique opérationnelle", ajoute le caporal. "C'est la première fois que je vois un feu comme ça, atypique par sa dimension et sa propagation. Sans parler des températures (caniculaires, ndlr)".

Dans la salle des fêtes de Landiras, les utilitaires chargés de nourriture et de produits divers affluent. A l'arrière, des centaines de packs d'eau sont entreposés et des dizaines de camions frigorifiques mobilisés.

"On est submergés de dons. On a même été obligés de limiter les flux", explique Florence Bolmont, une adjointe au maire de Landiras.

Les pompiers peuvent y trouver tout ce dont ils ont besoin : talc pour le mal au pied, produits d'hygiène, biscuits, compotes, boissons chaudes et froides, serviettes de toilettes... "On peut servir 3.000 repas par jour", souligne Mme Bolmont.

"La générosité des gens est incroyable", témoigne Delphine Fauvel, élue municipale et bénévole, et les "pompiers sont tellement contents et reconnaissants, c'est touchant", dit-elle.

Les soldats du feu peuvent se faire masser ou faire soigner des bobos. Ostéopathe à Cadillac et habitante évacuée de Landiras, Élisabeth Barbe avait "besoin" d'aider. Avec d'autres professionnels, ils se relaient 24 heures sur 24 pour soulager "des hommes et des femmes épuisés".

"Il y a des corps contractés, des dos affaiblis par les lances, des lésions aux pieds à cause des Rangers", énumère-t-elle. "Mais ils ont bon mental".

Près de 2.000 sapeurs-pompiers, sapeurs, sauveteurs et 200 forestiers sont mobilisés en Gironde, appuyés mercredi de 6 Canadair et deux Dash.

bpe/ff/hj

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