Gilles Perret, réalisateur au plus près des gens

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Tout en faisant à travers la France la promotion de "Debout les femmes!", coréalisé avec le député insoumis François Ruffin, le réalisateur Gilles Perret, plus de vingt ans de documentaires sociaux au compteur, met la dernière main à son premier film de fiction.

Rencontré par l'AFP dans une salle de montage à Paris, le Haut-savoyard de 53 ans, cheveux courts et baskets, fait une pause dans son tour de l'Hexagone pour présenter ce docu sorti mi-octobre qui donne la vedette à des aides à domicile ou des femmes de ménage.

Des "premières de corvée" dont l'utilité sociale est inversement proportionnelle, dit-il, à la façon dont elles sont payées et considérées.

"Ce film est important car ces femmes, au-delà de les écouter, on les voit: leur travail à domicile, comment elles portent les corps, comment elles font la toilette des personnes âgées", commente l'économiste Rachel Silvera, à propos de métiers d'habitude "invisibles".

Evoquer les gens au plus près, sans le filtre des "experts", telle est la méthode Perret. Comme c'est aussi le credo Ruffin, les deux hommes en sont à leur deuxième film commun, après "J'veux du Soleil" (2019), sur les Gilets jaunes.

"On s'est connu sur un rond-point", raconte avec gourmandise Gilles Perret. C'était en 2004, à Chamonix. Ils couvraient une manifestation des opposants au retour des camions dans le tunnel du Mont-Blanc. "Le soir même, Ruffin dormait à la maison. On s'est toujours dit qu'on travaillerait un jour ensemble".

Natif de Haute-Savoie, Perret y a puisé pratiquement tous ses sujets de films. A commencer par la montagne, qu'il escalade, et ses voisins de Quincy, hameau de soixante âmes où il habite toujours la maison de son enfance.

- Attachement fort au village -

Père ouvrier en mécanique, mère décédée quand il avait neuf ans, le jeune garçon a passé des heures dans le bistrot du hameau que tenait son arrière-grand-mère, entre chansons, fondues et belotes. "J'ai un attachement fort au village, les habitants se sont occupés de moi. Et comme je n'adhère pas du tout au discours néolibéral sur la mobilité permanente..."

Après un diplôme d'ingénieur en électronique, c'est toujours près de chez lui qu'il apprend les ficelles du tournage et du montage. Sans faire d'école de cinéma: deux années comme objecteur de conscience à la télévision locale de Cluses.

Et c'est encore près de chez lui qu'il filme un patron de la vallée de l'Arve confronté à la délocalisation dans "Ma mondialisation" (2006), puis le prolétariat montagnard dans "De mémoires d'ouvriers" (2012). Et qu'il consacre un triptyque à la résistance et aux conquêtes sociales d'après-guerre avec "Walter, retour en résistance" (2009), "Les Jours heureux" (2013) et "La Sociale" (2016).

Un souvenir lui tient à coeur. Il revendique avoir convié Stéphane Hessel à prononcer un discours au plateau des Glières, qui fut ensuite à l'origine d'un autre texte du résistant, "Indignez-vous!", phénomène d'édition en 2010-2011.

"Profondément ancré dans sa région, Gilles Perret part du local pour raconter des histoires universelles, et il le fait très bien", se remémore Samuel Gontier, journaliste de Télérama qui a écrit sur les documentaires jusqu'en 2012. "Et dans une Haute-Savoie plutôt à droite, il n'hésite pas à travailler dans l'adversité!"

Un temps en bisbille avec un autre haut-savoyard, l'UMP Bernard Accoyer, le réalisateur assume. "Je revendique ma subjectivité", dit-il, tout en réfutant le terme "engagé". "D'un cinéaste bobo qui travaille avec ses amis acteurs bobos, dit-on de lui qu'il est engagé pour les bobos ?"

"Ma mondialisation" fut son premier film à sortir en salle (une seule, à Paris). Quinze ans après, c'est dans la même usine des Alpes que Perret vient de tourner une fiction dont sa compagne Marion Grange cosigne le scénario.

Elle conte l'épopée d'ouvriers qui, face à une menace de délocalisation, vont détourner les méthodes de la finance pour racheter leur usine. Sortie prévue fin 2022. Avec un titre-programme: "Reprise en main".

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