Gerald Petit, terreau tactile

Libération.fr

En triturant et mixant ses pigments colorés, l’artiste transmue cette matière noire en fond torturé pour ses toiles.

Devant les grands tableaux noirs et ombrageux exposés par Gerald Petit à la galerie Triple V, l’incrédulité qui saisit le spectateur quand il apprend que pas une seule goutte de peinture noire n’a été appliquée sur ces toiles l’amène à les observer de plus près - et de côté d’abord. Car les jaunes, les roses, les verts - toute la palette vive utilisée par l’artiste - ont dégouliné sur les tranches, preuve qu’ils sont bien là quelque part à la surface. De fait, par endroits, celle-ci brille de teintes faiblement irisées qui forment des reliefs, des creux, des vagues, un ressac, modelant peu à peu un paysage céleste tempétueux. Mais plus que des ciels d’orage par une nuit sans lune, chargée d’un sentiment de désastre et de sublime, de l’immensité de la nature et de sa puissance, les toiles dépeignent en fait plus sûrement le processus même de la peinture. Rien de théorique ici, mais bien plutôt la description de sa lente maturation. Il faut trois semaines passées à brosser, à balayer, à effleurer les pigments dans un sens et dans l’autre, à les nuancer et à les contrarier par d’autres plus pâles ou plus foncés, avant que les couches ne se mêlent et se fondent. «Fondling», le titre de l’expo, qui se traduit par triturer, tâter, voire peloter, dit cette gestuelle en lui conférant des accents érotiques et un peu cavaliers. Les tableaux relèvent donc d’une palpation à la fois méticuleuse et incontrôlée du sujet et de la matière, de la lumière et de l’obscurité. Le toucher est d’ailleurs clairement désigné comme le sujet de Gerald Petit dans une série d’autres toiles, où d’un fond noir encore percent des mains figées dans des poses un peu dramatiques. Doigts levés ou entrecroisés, les gestes figurés prennent la gravité mystérieuse de signes ésotériques. Surtout, les mains sont saisies d’un pinceau réaliste qui dérape légèrement en leur conférant la (...)

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