Affaire George Floyd : ces villes qui se passent de police municipale

Plusieurs villes se passent de police municipale, y compris en France.

La crise sociale qui a suivi la mort de George Floyd a entraîné un profond changement à Minneapolis. La mairie a annoncé qu’elle allait démanteler la police municipale. D’autres villes parviennent à s’en passer, y compris en France.

La mort de George Floyd pourrait bien signer un très gros changement à Minneapolis. Cet Afro-américain de 46 ans est mort le 25 mai dernier, lors de son interpellation par quatre policiers. Il était soupçonné d’avoir utilisé un faux billet de 20 dollars. Au cours de l’arrestation, l’un des officiers - blanc - a appuyé son genou sur le cou de la victime pendant de plus de 8 minutes. Et George Floyd a été déclaré mort à son arrivée à l’hôpital.

Depuis, des nombreuses manifestations pacifiques ont eu lieu quotidiennement dans la ville du drame ainsi qu’aux quatre coins des États-Unis. Des violences, pillages et incendies ont également éclaté en marge de ces rassemblements.

La police “démantelée”

Une crise sociale profonde qui va avoir un gros impact sur la gestion de la sécurité à Minneapolis. Ce dimanche 7 juin, le conseil municipal de la ville a en effet décidé que la police locale serait “démantelée”, faute de pouvoir être réformée. “Nous nous sommes engagés à démanteler le service de police tel que nous le connaissons [...] et à reconstruire, avec notre population, un nouveau modèle de sécurité publique qui garantit vraiment la sécurité de notre population”, a déclaré la présidente du conseil municipal, Lisa Bender, sur CNN.

Elle a évoqué plusieurs pistes pour aller en ce sens, comme l’investissement “dans des alternatives, des stratégies plus en lien avec la communauté”, tout en affirmant qu’il ne s’agissait pas d’un “projet à court terme”.

Minneapolis n’est pas la première ville américaine à prendre une décision aussi radicale. La ville de Camden, proche de Philadelphie, dans l’État du New Jersey, avait déjà sauté le pas en 2013. Aux États-Unis, la sécurité est assurée à différents niveaux. À l’échelle nationale, par plusieurs agences, comme le FBI ou la CIA, pour ne citer que les plus connues.

Il existe aussi des forces de police à l’échelle des États, sous l’autorité des gouverneurs, mais tous n’en disposent pas. À l’échelle plus locale, le maintien de l’ordre est assuré par une police municipale, qui ne dispose parfois que d’un seul officier ! Dans les endroits ruraux, ou dans les villes qui n’ont pas de policiers municipaux, c’est le shérif du comté qui assure la sécurité.

Camden, une réforme réussie

À l’époque, Camden était minée par la criminalité. La ville était même considérée comme l’une des plus dangereuses du pays. L’année 2012 est restée tristement célèbre pour son pic d’homicides. Face à cette situation critique, la police municipale aurait voulu augmenter ses patrouilles, mais le manque de moyen l’en a empêché. La municipalité a donc décidé d’entreprendre l’une des plus grosses réformes du pays, félicitée à l’époque par Barack Obama : elle a complètement dissous la police de la ville. À la place, elle a signé un partenariat avec le comté, pour s’appuyer sur ses effectifs - deux fois plus importants - créant ainsi une police plus régionale. C’est la première grande ville des États-Unis a avoir fait ce choix.

Cette réforme structurelle s’est accompagnée d’un profond changement dans le fonctionnement. Les policiers sont désormais beaucoup plus nombreux dans les rues, mais ont été formés pour désamorcer les tensions, afin de restaurer la confiance avec les habitants, précise Bloomberg. Les plaintes pour usage excessif de la force ont diminué de 95% depuis 2014. Sur cette lancée, les forces de l’ordre du comté ont adopté, en 2019, une charte de 19 pages pour réguler l’utilisation de la force.

La situation s’est nettement améliorée dans la ville. En 2018, le nombre d’homicides était au plus bas depuis 1987. Les vols, agressions et violences ont également connu un net recul.

Six cas en France

En France aussi, certaines grandes villes font le choix de se passer de police municipale. Mais elles sont très rares. Seules six communes de plus de 50 000 habitants sont dans ce cas : Brest, Quimper, Créteil, Champigny-sur-Marne, Ivry-sur-Seine et Issy-les-Moulineaux. Un chiffre qui pourrait bien diminuer encore dans quelques semaines, car cette question est l’un des principaux thèmes de la campagne des municipales.

Si certains maires refusent de s’appuyer sur une police locale, c’est qu’ils considèrent que la sécurité étant l’un des pouvoirs régaliens, il revient à l’État de l’assurer. Mais, selon la sociologue Virginie Malochet, interrogée par Le Télégramme, le gouvernement ferait de plus en plus pression sur les maires pour qu’ils fournissent des forces de sécurité locales. Tandis qu’en parallèle, les administrés se tourneraient de plus en plus vers leurs élus locaux pour ces questions.

Issy-les-Moulineaux, la victoire de la prévention

Pas de quoi faire basculer Ivry-sur-Seine, où la question n’est pas à l’ordre du jour, ni Issy-les-Moulineaux, dont le système semble efficace. Cette ville est classée parmi les 25% des villes les plus sûres des hauts-de-Seine, comme le rapporte Le Parisien. Et elle a vu sa criminalité diminuer dans presque tous les domaines entre 2014 et 2018 - sauf les dégradations - précise le quotidien.

Pourtant, Issy-les-Moulineaux n’a pas de police municipale. À la place, la ville s’appuie sur un système de prévention, avec des médiateurs, des éducateurs spécialisés ou des animateurs socio-éducatifs. Elle compte aussi, notamment, sur la coopération des gardiens d’immeuble par exemple.

Au coeur de la campagne des municipales

Dans d’autres villes de l’Hexagone, la question mobilise tout de même l’opposition. C’est par exemple le cas à Brest. François Cuillandre, maire depuis 2001, a choisi de s’appuyer sur la médiation. Il a mis en place une charte de la vie nocturne, en partenariat avec les propriétaires de bars et de discothèques. Mais aussi un plan sur les risques liés à l’alcool, avec du personnel médical dédié, et notamment des vacations de médecins au commissariat. Mais le candidat LREM encore en lice pour le second tour souhaite, à l’inverse, mettre en place une police municipale, comme le rapporte Ouest France.

À Champigny-sur-Marne aussi, le sujet s’est invité dans la campagne des municipales. Et si le maire sortant Christian Fautré (PCF) maintient sa position, affirment que la création d’une police municipale nécessiterait soit de pénaliser d’autres services, soit d’augmenter les impôts, son opposant Laurent Jeanne estime que c’est nécessaire.

À Quimper, la question semble presque déjà tranchée, puisque tous les candidats encore en lice pour le second tour - y compris le maire sortant - veulent la mise en place d’une police municipale. Le seul sujet de discorde sur la question est de savoir si il faut qu’elle soit armée ou non, précise France Bleu.

Marinaleda, la ville sans délinquance

L’Espagne aussi compte une commune qui a choisi de se passer de police. Et la raison est à la fois surprenante et d’une logique implacable : il n’y a pas de délinquance. Ce petit miracle a lieu à Marinaleda, à l’est de Séville. Ce village d’un peu plus de 2 600 habitants, où toutes les décisions sont prises de manière collective, applique des principes anarcho-socialiste “dans les limites de la Constitution espagnole”, explique son maire dans un article de l’hebdomadaire italien L’Espresso repris par Courrier international.

Dans la commune, le chômage n’existe pas. Presque tous les habitants travaillent dans une coopérative agricole. Le dimanche, ils se chargent de l’entretien de la ville et une assemblée publique a lieu chaque semaine. Marinaleda ne compte pas non plus de sans-abri. Les voisins s’entraident pour construire les maisons des uns et des autres, qui ne coûtent que 15 euros par mois. Comme le précise le site de la ville, il n’y a aucune police municipale. “Ce serait un gaspillage inutile”, explique le maire dans le magazine Reporterre.

Bien évidemment, la ville - comme toutes celles qui n’ont pas de police locale - peut toujours s’appuyer sur la police nationale en cas de besoin.

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