A Gaza, des usines détruites et la quête d'un futur économique

·4 min de lecture

De l'usine de meubles des frères Sawafiri, il ne reste plus rien sinon des tiges de métal fondues, tordues et la poussière de bois brûlé. Et pourtant, ce sont bien avec des usines comme la leur que Gaza attend sa renaissance économique.

Jeudi, à la veille du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas au pouvoir dans l'enclave palestinienne, des tirs d'artillerie israéliens s'abattent sur la zone industrielle à la sortie de Gaza City.

C'est d'ici que sortent le Coca-Cola bu dans l'enclave, des biscuits sucrés pour le thé, des tuyaux de plastique pour les canalisations et aussi des meubles "made in Gaza", un label peu connu à l'export.

Là, des bâtiments sont restés intacts mais d'autres ont été endommagés, voire détruits dans les bombardements.

Iyad Sawafiri, 45 ans, jeans noir, chemise bleue traversé d'un stylo accroché au bouton supérieur, marche dans les ruines de son usine qui embauchait encore récemment 70 employés. Son frère Nehad refuse lui pour l'instant de voir les dégâts, traumatisé par la destruction de l'usine.

"Nous pensions qu'en implantant notre usine dans cette zone industrielle internationale, située à côté des entrepôts de l'Unrwa (agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens), nous serions épargnés par les guerres", dit-il à l'AFP en montrant le bois incandescent dans les entrailles des vestiges.

"Nous étions la plus grande fabrique de meubles de Gaza, mais tout a fondu: la machinerie, les structures de métal qui tiennent l'usine. Après ce qui vient de se passer, j'ai peur de reconstruire. Qui me dit que tout ne sera pas détruit à nouveau à la prochaine guerre?"

- Bombe économique -

Sous blocus israélien depuis près de 15 ans, l'enclave pauvre de deux millions d'habitants, où le taux de chômage oscille autour des 50%, a des airs de bombe économique à retardement. Les autorités du Hamas ne contrôlent ni ses frontières terrestres ni maritimes et les exportations et les importations doivent obtenir l'autorisation d'Israël.

Et la liste des matériaux pouvant entrer à Gaza donne des maux de tête à l'armée israélienne qui accuse le Hamas de fabriquer in situ une partie de son arsenal de roquettes en recyclant le métal ou en détournant des tuyaux de canalisation. D'où l'insistance pour que les projets financés par les donateurs étrangers utilisent des tuyaux en PVC.

Au dernier jour de la guerre, la plus importante usine de plastique, la Siksik, située à une centaine de mètres de l'usine des frères Sawafiri, a été aussi la cible de frappes israéliennes.

"Quand Israël a empêché certains tuyaux en fer d'entrer à Gaza, nous avons décidé de nous lancer dans la production des tuyaux en plastique. Mais là environ 150 tonnes de plastique ont été brûlées", affirme Naïm al-Siksik, patron de l'usine familiale, devant les tuyaux carbonisés.

A l'heure de la reconstruction de Gaza, les donateurs étrangers planchent aussi plus largement sur le développement du territoire.

A Gaza, seulement 3% de l'eau potable répond aux normes internationales, en raison notamment des pressions sur l'aquifère. Et la seule centrale thermique ne répond qu'à 50% à la demande de la population.

- "Le Hamas est partout" -

Mais pour relancer l'économie et éviter de nouvelles destructions, il faut traiter les "causes profondes" du conflit israélo-palestinien, ont prévenu dimanche des responsables de l'ONU.

Le président américain Joe Biden a annoncé son intention de mettre en place une aide financière "majeure" pour "reconstruire Gaza", mais sans donner au Hamas "l'opportunité de rebâtir son système d'armement".

En 2018, après une énième trêve Israël/Hamas, une feuille de route prévoyait de financer des infrastructures à Gaza, une aide mensuelle via le Qatar et de trouver des emplois aux Gazaouis. Ce processus n'incluait pas les donateurs occidentaux et avance à tâtons.

Mais peut-on relancer l'économie de Gaza en excluant le Hamas, classé "terroriste" par les Etats-Unis et l'Union européenne? Pour Omar Shaban, directeur de l'institut Pal Think, un centre d'analyse de Gaza, la réponse est "non".

"Est-ce que la communauté internationale veut mettre fin ou non à ce cycle de destructions? Veut-elle retourner à des solutions à court terme qui ne fonctionnent pas depuis 15 ans en excluant le Hamas? La seule option est de l'intégrer, et cela n'a rien à voir avec le fait de l'aimer ou non", dit-il à l'AFP.

"Gaza est sous contrôle du Hamas, alors comment bâtir Gaza sans le Hamas? Comment cela est-il possible? Le Hamas est partout, il gère les municipalités, l'eau, l'électricité? Le Hamas est une réalité que vous ne pouvez pas négliger."

gl-az/cgo/tp