Gaza : les ballons incendiaires, une arme pour tester les nerfs de Naftali Bennett ?

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La solidité du cessez-le-feu conclu le 21 mai entre Israël et le mouvement palestinien Hamas a été mise à l'épreuve cette semaine, après des lancers de ballons incendiaires depuis Gaza vers le territoire israélien, qui ont entraîné en représailles des frappes aériennes. France 24 se penche sur ces engins qui ont failli provoquer une nouvelle escalade dans la région.

La nouvelle montée des tensions observée ces derniers jours dans la région a laissé planer le spectre d'une rupture du cessez-le-feu. Une crainte provoquée par des lancers de ballons incendiaires vers le sud de l’État hébreu depuis la bande de Gaza, les 16 et 17 juin, en réaction à une marche controversée de militants nationalistes et de l'extrême droite israélienne à Jérusalem-Est occupé.

Ces lancers de ballons ont provoqué une vingtaine d'incendies, selon les services de pompiers israéliens. L’État hébreu a répliqué par des frappes sur des positions du mouvement islamiste contrôlant l’enclave palestinienne. L'armée a ainsi affirmé avoir ciblé un site militaire du Hamas et un site de lancement de roquettes, situés respectivement dans la ville de Gaza et à Khan Younès.

Après ces frappes israéliennes, des militants de la brigade al-Qassam, branche armée du Hamas, "ont tiré à la mitrailleuse" vers des villages israéliens ceinturant la bande de Gaza et des drones patrouillant le ciel, a indiqué à l'AFP un responsable de ce mouvement.

La tension semble être retombée depuis. Mais pour certains observateurs, cet épisode est un test destiné à jauger la détermination du nouveau Premier ministre, Naftali Bennett, et de son gouvernement. Il démontre aussi que le cessez-le-feu ne tient que sur un fil. Un fil accroché à un ballon d’enfant gonflé à l’hélium et porteur de mèches ou de chiffons enflammés, parfois de grenade ou d’engins explosifs de fabrication artisanale.

Simple à fabriquer et peu coûteux

Lancés depuis Gaza et véhiculés en territoire israélien par les vents de la Méditerranée, ces ballons piégés sont apparus dans le paysage en 2018 au milieu d’une série de manifestations et d’émeutes le long de la frontière de la bande côtière palestinienne, baptisée de Marches du retour.

À l’époque, des milliers de Gazaouis manifestaient chaque semaine pour réclamer la levée du blocus qu'Israël impose à leur territoire depuis le coup de force du Hamas en 2007, et le retour des réfugiés chassés ou ayant fui leurs terres à la création de l'État d'Israël, en 1948. Les rassemblements donnaient lieu quasi systématiquement à des violences et à des représailles, des soldats de l'armée israélienne ouvrant le feu sur ceux qui tentaient de franchir la frontière.

C’est alors que les ballons incendiaires, simple à fabriquer et très peu coûteux, avaient été lancés, par des membres de l'organisation palestinienne radicale Jihad islamique, selon les services israéliens. Un défi sécuritaire d’un genre nouveau pour l'État hébreu.

Les médias locaux affirment que les bouquets de ballons ou cerfs-volants transportant des engins incendiaires ou explosifs improvisés n’ont jusqu'à présent pas provoqué de pertes humaines. Par contre, ils sont à l’origine de centaines d’incendies et de millions de shekels de dégâts matériels depuis 2018, selon des responsables israéliens. Plusieurs milliers d'hectares de terre et de forêt ont notamment été brûlés dans des communautés agricoles adjacentes à la bande de Gaza, dans le sud d’Israël.

"Si quelqu'un envoie des ballons incendiaires depuis Gaza, nous devons tirer pour tuer... Tactiquement, nous devons tirer sur ceux qui envoient des ballons incendiaires depuis Gaza", avait déclaré Naftali Bennett en octobre 2018, alors qu’il était ministre de l’Éducation. "Nous n'avons pas traité le problème quand il était mineur. Maintenant, ils nous envoient des milliers de cerfs-volants", avait-il déploré, estimant que ce type d’attaques devait être considéré de la même manière que des tirs de roquettes.

Représailles et réponse technologique

Toujours est-il que le gouvernement israélien a essayé plusieurs méthodes pour empêcher les lancers de ballons, dont des frappes visant directement les groupes à l’origine des dispositifs, sans pour autant mettre un terme à la pratique.

En août 2020, en réponse à des incendies provoqués par ces engins, le gouvernement de Benjamin Netanyahu avait annoncé la fermeture du point de passage commercial de Kerem Shalom vers Gaza, et le gel de tous les produits sauf le carburant, les produits humanitaires et la nourriture.

"Dans le sud, le Hamas autorise le lancement continu de ballons incendiaires et porteurs d’explosifs vers Israël", avait déclaré à l'époque le ministre de la Défense, Benny Gantz. "Nous ne sommes pas prêts à accepter ça et en conséquence, nous avons fermé le passage de Kerem Shalom. Ils feraient bien de cesser de perturber la sécurité et le calme en Israël. Sans quoi nous devrons réagir, et avec force."

En juin 2019, après le lancement de plusieurs ballons incendiaires, l'État hébreu avait stoppé les livraisons de fuel vers la seule centrale électrique de la bande de Gaza afin de faire pression sur le Hamas.

Alors que les industries israéliennes militaires et de la défense ont été mobilisées pour trouver des réponses technologiques au phénomène, ce sont finalement trois ingénieurs du secteur privé qui, associés à des chercheurs de l’université Ben Gourion, ont mis au point un système laser d’interception jugé efficace à 90 %.

Baptisé "Lahav Or" (lame de lumière en hébreu), le laser est capable, depuis 2020, d’atteindre des cibles situées jusqu’à deux kilomètres, ce qui lui permet d’abattre les ballons et les cerfs-volants dans le ciel avant qu'ils n'atteignent le territoire israélien.

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