Gaspard Kœnig – Ce que je dois à Jean-Claude Fasquelle

Par Gaspard Koenig
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Jean-Claude Fasquelle est mort samedi 13 mars 2021, à Paris.
Jean-Claude Fasquelle est mort samedi 13 mars 2021, à Paris.

« C'est drôle qu'on puisse être copains à un demi-siècle d'écart », m'avait dit une fois Jean-Claude. Oui, c'est drôle. Jean-Claude n'était pour moi ni un commandeur des lettres, ni un grand-père de substitution, ni un vieux sage, mais un copain que j'allais voir quand j'avais du vague à l'âme ou un projet à discuter. Un copain qui me servait un verre de champagne, puis un whisky-Perrier, puis du Château de Salles, puis un verre de calva. Impossible de ne pas se sentir mieux après.

Autour de Jean-Claude et de Nicky, son amoureuse de plus de cinquante ans, convergeaient naturellement tous ceux qui n'avaient pas abandonné l'idée de vivre avec légèreté, de parler sans retenue et de rire de tout. Dans leur maison du 15e arrondissement, on raccrochait l'esprit du temps au portemanteau et on se laissait aller aux pensées les pires et les meilleures. Le seul interdit, c'était la platitude. À ces dîners intempestifs étaient toujours conviés quelques fantômes, que je n'avais pas rencontrés de leur vivant, ou à peine, mais avec qui j'avais fini par faire connaissance, tant leurs histoires se mêlaient naturellement aux nôtres : Umberto (Eco), Salvador Dali, Gaby (Gabriel Garcia Marquez), Edmonde (Charles-Roux), Elie Wiesel, Bernard (Frank), Yves (Berger), Françoise (Mallet-Joris), une autre Françoise (Verny), un dernier François (Nourissier), Kléber Haedens, Benoîte (Groult), Roger Vailland, Lucien (Bodard)? Toute cette bande animait nos conversations avec tellement d [...] Lire la suite