Galette des rois: pourquoi cette tradition de l'Élysée prend un tour particulier avec la colère des boulangers

Emmanuel Macron à la galette des rois le 5 janvier 2019 à l'Élysée  - Ian LANGSDON / POOL / AFP
Emmanuel Macron à la galette des rois le 5 janvier 2019 à l'Élysée - Ian LANGSDON / POOL / AFP

Une tradition vieille de 48 ans qui revête des atours différents cette fois-ici. Emmanuel Macron reçoit ce jeudi matin à l'Élysée des boulangers autour d'une galette des rois. Mis à très rude épreuve par la hausse des factures d'électricité, la grogne de ces professionnels qui occupent une place importante dans la vie quotidienne des Français est suivie de très près par le président.

Avec des factures qui ont parfois été multipliées par 10 ces derniers mois, auxquelles s'ajoute la hausse du prix du beurre et de la farine, des milliers de boulangeries sont menacées de mettre la clef sous la porte. Si le gouvernement a déployé à la fin de l'année dernière un bouclier tarifaire pour limiter la casse, 80% d'entre elles ne sont pas éligibles à ce mécanisme, d'après leur confédération nationale.

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Un métier sous tension en pleine grogne sociale

De quoi susciter la colère et les pousser à hausser le ton dans les médias avant une mobilisation le 23 janvier prochain. Autant dire qu'une grève des boulangers dont la dernière mobilisation remonte aux années 2000 ferait très mauvais effet pour Emmanuel Macron, déjà sous pression avec une réforme des retraites soutenue par une minorité de Français et très contestée par les syndicats.

Si l'ambiance devrait rester très cordiale autour du président ce jeudi matin entre part de galette et verre de cidre, nul doute que les boulangers devraient insister sur leurs difficultés auprès du chef de l'État. Si ces artisans ne sont pas les seuls à se dire exsangues à cause de l'explosion des factures d'électricité - à l'instar des charcutiers-traiteurs, des restaurateurs ou des pressings - ils bénéficient d'une attention particulière de la part du pouvoir.

La baguette, "250 grammes de magie"

D'abord parce que ce métier a tout d'un symbole, entre art de vivre, maillage sur tout le territoire avec 33.000 boutiques et "France qui se lève tôt". Mais aussi parce que le président lui-même s'est mis en scène lorsque la baguette a été inscrite au patrimoine immatériel de l'Unesco en décembre dernier.

Alors en visite à Washington, Emmanuel Macron s'était réjoui de cette annonce, voyant dans cette réalisation culinaire "250 grammes de magie et de perfection". Autant dire que le dépôt de bilan de "milliers de boulangeries" comme l'évoque désormais la confédération de la boulangerie-pâtisserie ferait très mauvais.

Le paradoxe n'a d'ailleurs pas échappé aux oppositions qui ont accusé le gouvernement de ne pas en faire assez pour soutenir les boulangers. Jordan Bardella s'est par exemple fendu mardi d'une missive adressée aux "boulangers de France", évoquant leur travail, considéré par le patron du RN; comme un "motif de fierté nationale".

Le gouvernement veut convaincre

Preuve que l'exécutif veut éviter tout front de contestation avec les boulangers: l'annonce de dispositifs inédits. Élisabeth Borne, jusqu'ici très discrète sur le sujet, a annoncé mardi matin pour sa première prise de parole de l'année la possibilité d'étaler leurs impôts et leurs cotisations sociales.

Dans la foulée, à peine quelques heures après avoir rappelé les dispositifs déjà existants, Bruno Le Maire a repris la parole pour annoncer la possibilité de suspendre leur contrat avec leur fournisseur d'énergie en cas de hausse de prix trop important.

Macron "pense à nos boulangers"

Parfois accusé de procès en déconnexion et alors qu'un appel à la mobilisation des gilets jaunes est lancé ce samedi, le président ne veut pas apparaître en retrait sur ce dossier.

"Je pense à nos boulangers" avait d'ailleurs lancé le locataire de l'Élysée dans une longue interview sur France 2 en octobre dernier. Sentant monter la colère dans un commerce fréquenté tous les jours par des millions de Français, l'exécutif veut convaincre que tout est mis en œuvre pour les soutenir.

Les mots du président et les annonces de l'exécutif suffiront-ils à éteindre la grogne des boulangers? Ce n'est pas certain, à en juger le boulanger Stéphane Ravacley, tête de liste écologistes aux dernières législatives.

"Nous, on s'en fiche que le président apprécie nos galettes. Ce n'est pas ça qui va payer la facture. On attend du concret et pour l'instant, on en est très loin", a avancé l'artisan auprès de BFMTV.com. De quoi laisser augurer d'une vaste mobilisation parisienne le 23 janvier prochain.

Article original publié sur BFMTV.com