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Gabriel Attal répond à sa première motion de censure à l'Assemblée, en attendant le remaniement

Le Premier ministre Gabriel Attal, le 30 janvier 2024 à l'Assemblée nationale (EMMANUEL DUNAND)
Le Premier ministre Gabriel Attal, le 30 janvier 2024 à l'Assemblée nationale (EMMANUEL DUNAND)

Pour la première fois depuis son arrivée à Matignon Gabriel Attal affronte lundi matin une motion de censure de la gauche à l'Assemblée nationale, sans grand risque pour le nouveau Premier ministre davantage accaparé par la finalisation du remaniement.

C'est dans un hémicycle largement vidé de ses députés que le coordinateur de LFI Manuel Bompard a défendu la motion déposée par insoumis, socialistes, écologistes et communistes, sur les coups de 10 heures.

"Tout le monde sait que vous n'êtes qu'un obligé", d'Emmanuel Macron, a lancé le député LFI. "Allez dire à celui qui vous envoie que son règne n’a que trop duré", a-t-il déclaré à la tribune, défendant une motion pour "protéger le peuple des souffrances", de la hausse des prix de l'énergie, des franchises médicales ou encore de la "réduction des allocations chômages". Il a également critiqué la volonté de revoir la loi SRU sur les logements sociaux.

Face à lui, le Premier ministre prend consciencieusement des notes. A ses côtés, une dizaine de membres du gouvernement, dont la fragilisée ministre de l'Education et des Sports Amélie Oudéa-Castéra, dans la tourmente depuis ses propos sur ses enfants scolarisés dans le privé, à Stanislas dans le VIe arrondissement de Paris, polémique à laquelle M. Bompard a volontiers fait référence.

Dénonçant une "motion de censure préventive", déposée avant même sa déclaration de politique générale, "pied de nez à toute tentative de dialogue", Gabriel Attal a également critiqué le "mythe collectiviste", de ses adversaires de gauche.

"Votre monde, c'est un monde où il n’y a pas besoin d'Union européenne, où il faut tout taxer tout le temps et tout collectiviser", a-t-il martelé, accusant LFI de vouloir "nous replonger 75 ans en arrière", sous les applaudissements des députés de la majorité présents.

Le vote est attendu autour de 13H00, mais cette motion n'a quasiment aucune chance de recueillir les 289 voix nécessaires pour faire tomber le gouvernement, puisque droite et extrême droite n'ont, a priori, pas l'intention de la soutenir.

Gabriel Attal doit d'ailleurs se rendre dans la foulée en Allemagne où il va rencontrer le chancelier Olaf Scholz.

- Remaniement en vue -

Un remaniement de son gouvernement devrait intervenir cette semaine, dont l'une des principales questions sera le maintien ou non d'Amélie Oudéa-Castéra, alors que l'exécutif prépare la nomination d'au maximum 15 ministres délégués et secrétaires d'État qui complèteront les 14 ministres déjà en exercice.

Les nominations pourraient être annoncées "lundi ou mardi", selon un conseiller de l'exécutif, qui qualifie de "rumeurs" l'hypothèse d'intégrer de nouvelles recrues à droite, ou le chef du MoDem François Bayrou dans l'attente d'une décision judiciaire lundi matin dans l'affaire des assistants parlementaires européens.

La colère des agriculteurs et les concessions du gouvernement sur le gazole et les pesticides devraient aussi occuper les débats.

A l'extrême droite, Marine Le Pen a laissé entendre que ses troupes ne voteront pas la motion, annoncée par la gauche "avant même le discours" de Gabriel Attal: "cela décrédibilise ceux qui l'ont déposée", juge-t-elle.

Les Républicains ne comptent pas non plus voter la motion.

"On est dans l'opposition, on n'avait aucune vocation à voter la confiance. Mais voter la censure avant que le gouvernement ait démarré ne nous paraîtrait pas non plus très sérieux", a relevé dimanche sur Radio J Olivier Marleix, chef de file des députés LR.

Au moins à ce stade, car la droite hausse le ton après la large censure du Conseil constitutionnel de la loi immigration et l'annonce de Gabriel Attal d'une réforme de l'aide médicale d'État (AME) pour les étrangers par la voie règlementaire, plutôt que par un texte devant le Parlement.

Gabriel Attal goûte à un exercice qui était devenu habituel pour Élisabeth Borne et ses 31 motions de censure au compteur.

Dans cette Assemblée nationale sans majorité absolue depuis les législatives de 2022, l'ancienne cheffe du gouvernement était passée à neuf voix de la censure en mars 2023, après l'utilisation de l'article 49.3 de la Constitution pour faire adopter sans vote la réforme des retraites.

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