Gérald Darmanin reçu à Tunis pour parler radicalisation et expulsions

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Alors que Paris souhaite expulser une vingtaine de Tunisiens soupçonnés d'être radicalisés, le gouvernement tunisien s’est dit prêt à les accueillir sous conditions, vendredi, lors d’une rencontre à Tunis entre le ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin et son homologue Taoufik Charfeddine.

Des Tunisiens radicalisés bientôt expulsés de France ? Vendredi 6 novembre, le ministre français de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a fait le déplacement à Tunis pour rencontrer son homologue tunisien Taoufik Charfeddine. La France souhaite expulser une vingtaine de Tunisiens soupçonnés d'être radicalisés.

La Tunisie est "prête à recevoir n'importe quel Tunisien", a indiqué à la presse le ministre tunisien de l'Intérieur, Taoufik Charfeddine, après un entretien avec son homologue français. "Mais cela doit se faire selon les conditions et règlements" prévus par le droit international et en "préservant la dignité du Tunisien", a-t-il ajouté.

Gérald Darmanin devait présenter lors de sa visite une liste de ressortissants tunisiens en situation irrégulière en France et soupçonnés d'être radicalisés, une démarche qu'il compte répéter dimanche en Algérie, selon son entourage.

Prévue de longue date, la visite de Gérald Darmanin a pris un tour nouveau avec l'attentat qui a fait trois morts à la basilique de Nice (sud-est de la France) fin octobre. L'auteur présumé, Brahim Aouissaoui, grièvement blessé lors de son interpellation, est un Tunisien de 21 ans fraîchement arrivé en Europe.

Difficile de savoir si Brahim Aouissaoui s'est radicalisé en Tunisie ou après son arrivée en Europe fin septembre, et si l'opération a été planifiée avant son départ. "Le résultat de l'enquête tunisienne sera déterminant", avait indiqué la semaine dernière à l'AFP une source proche de l'enquête française.

Gérald Darmanin, qui a entamé sa tournée vendredi matin en Italie, a souligné depuis Rome que le combat "contre le terrorisme, c'est le combat que nous menons contre une idéologie", qualifiée "d'islamiste". Il a appelé à "un combat culturel contre cette idéologie, sa finance, ses officines et ses appuis à l'étranger".

"Dans les 30 derniers terroristes qui ont frappé le sol français, 22 étaient français, huit seulement étaient étrangers", a-t-il souligné, estimant que le "danger" était "aussi et manifestement surtout endogène".

Gérald Darmanin attendu à Malte et Alger

Outre son homologue tunisien, Gérald Darmanin a également rencontré le président Kaïs Saïed, qui a assuré que les autorités tunisiennes "allaient essayer de trouver une solution aux obstacles actuels et à venir" en matière d'expulsion.

Cette tournée se poursuivra à Malte, où Gérald Darmanin souhaite notamment évoquer la réforme du système européen d'asile et d'immigration, avant une visite à Alger dimanche, sur la sécurité et la lutte contre l'immigration irrégulière.

Ces déplacements font suite à une visite au Maroc en octobre, dans un contexte de hausse des départs clandestins depuis le Maghreb, alimentée par un chômage frappant la jeunesse et par le manque de perspectives politiques.

Parmi les 231 étrangers en situation irrégulière en France et suivis pour radicalisation, 70 % sont du Maghreb et de Russie, où le ministre doit aussi se rendre "dans les prochains jours", a indiqué son entourage.

Sujet polémique en Tunisie

Concernant les Tunisiens, il s'agit d'une vingtaine de personnes condamnées, sous le coup d'une obligation de quitter le territoire, et dont l'expulsion a jusqu'ici été refusée par la Tunisie, qui invoque des restrictions liées à la pandémie de Covid-19, indique-t-on de source française.

Le sujet fait polémique en Tunisie, où la possibilité d'un retour au pays de Tunisiens ayant rejoint des groupes jihadistes en Syrie avait déclenché des manifestations hostiles en 2016.

Plusieurs organisations, dont la Ligue tunisienne des droits de l'Homme ou le Forum des droits économiques et sociaux, ont déploré dans une pétition "les pressions politiques contre le gouvernement tunisien" par des gouvernements européens qui "profitent de l'effroi occasionné par les crimes effroyables commis par les terroristes pour se débarrasser des migrants sans papiers au mépris du droit et de la justice".

Les discussions ont également porté sur les expulsions de droit commun. L'objectif est de "faire repartir la machine" des expulsions vers ces pays, confirme-t-on dans l'entourage du ministre. Gérald Darmanin doit proposer "des protocoles sanitaires" car le processus est notamment grippé par les restrictions liées à la pandémie.

Taoufik Charfeddine a appelé à ne pas gérer la migration irrégulière de façon seulement sécuritaire, mais par "des solutions de développement, culturel et économique".

Après un pic des départs en 2011, suivi d'une forte chute, les tentatives d'émigration illégale augmentent à nouveau depuis 2017 et les Tunisiens sont cette année les plus nombreux parmi les migrants arrivant clandestinement en Europe via l'Italie.

Avec AFP