La Géorgie dans l'impasse après des législatives contestées

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La Géorgie semble ce dimanche 1er novembre au bord de la crise politique. L'opposition appelle à des manifestations massives pour contester le résultat des élections législatives du samedi 31 octobre remportées de justesse par le parti au pouvoir selon la commission électorale.

D'après les résultats publiés par la commission électorale, après dépouillement de plus de 72 % des suffrages, le Rêve géorgien, parti au pouvoir du milliardaire Bidzina Ivanichvili, obtient 48,5 % des voix contre 45 % à l'opposition. Le scrutin proportionnel doit renouveler 120 des 150 sièges de l'assemblée dans ce pays montagneux d'environ quatre millions d'habitants.

Bidzina Ivanichvili, un ancien Premier ministre de 64 ans, a déclaré que le Rêve géorgien « a gagné les élections pour la troisième fois de suite ». « Les Géorgiens ont élu une équipe formidable », a-t-il ajouté.

Ce n'est pas l'avis du leader de l'opposition, l'ancien président en exil Mikheïl Saakachvili, 52 ans. Le Rêve géorgien « falsifie de manière massive les résultats des élections », a-t-il affirmé. S'exprimant depuis l'Ukraine où il travaille pour le président ukrainien Volodymyr Zelensky, il a a appelé les partisans de l'opposition à une « mobilisation massive pour défendre les votes ».

Victoire revendiquée par les deux camps

Le parti au pouvoir et l'opposition avaient déjà revendiqué tous deux la victoire dès samedi après la publication de sondages à la sortie des bureaux de vote donnant des résultats contradictoires.

La formation dirigée par Mikheïl Saakachvili, le Mouvement national uni (MNU), a réussi à rassembler cette année plusieurs groupes d'opposition pour affronter le Rêve géorgien de Bidzina Ivanichvili, au pouvoir depuis 2012. Les partis d'opposition s'étaient entendus pour former un gouvernement d'unité nationale en cas de victoire, avait annoncé Mikheïl Saakachvili.

La Géorgie est un rare exemple démocratique parmi les ex-républiques d'URSS mais est régulièrement secouée par des manifestations anti-gouvernementales. Alors qu'une crise post-électorale pourrait menacer sa stabilité, le scrutin est suivi attentivement par ses alliés occidentaux, notamment les États-Unis. Sur Facebook, l'ambassadrice américaine à Tbilissi, Kelly Degnan, a indiqué que la communauté internationale suivait le scrutin car « les électeurs géorgiens méritent de participer à une élection libre et équitable ».

Dirigeant charismatique

Selon la Commission électorale, le taux de participation était d'environ 56 % malgré l'épidémie de coronavirus, contre 51 % lors des législatives de 2016. Du fait de règles électorales complexes, les résultats définitifs pourraient n'être connus que fin novembre.

Mikheïl Saakachvili, un dirigeant charismatique, a connu ces dernières années une carrière politique rocambolesque. En 2013, il avait dû fuir le pays après son deuxième mandat car il craignait d'être arrêté pour des accusations d'abus de pouvoir. Samedi, il a soutenu n'avoir pas l'ambition « d'un poste au sein du gouvernement » géorgien, même si son retour dans le pays a été envisagé en cas de victoire de l'opposition.

En huit ans de pouvoir, le parti Rêve Géorgien a pour sa part vu sa popularité s'effriter sur fond de stagnation économique et d'accusation d'atteinte à la démocratie. Il est reproché à son chef, Bidzina Ivanichvili, d'avoir exercé des pressions sur ses adversaires et favorisé la corruption. « Un oligarque qui possède 40 % des richesses du pays se l'est approprié et le dirige comme son fief », a affirmé Mikheïl Saakachvili, interviewé par l'AFP.

Ambition atlantiste

Grâce à une réforme renforçant la proportionnelle, les petits partis ont plus de chances d'entrer au Parlement cette année : il leur suffira d'obtenir plus de 1 % des voix. La réforme électorale va rendre fort « le pluralisme du Parlement », a affirmé le Premier ministre Guiorgui Gakharia, assurant qu'une victoire de son camp permettra de rapprocher la Géorgie de l'Union européenne et de l'Otan.

Cette ambition atlantiste, partagée par les deux camps, est très mal perçue à Moscou. En août 2008, les tensions avaient dégénéré en une guerre éclair entre la Géorgie et la Russie. Après ce conflit de cinq jours perdu par Tbilissi, le Kremlin a reconnu l'indépendance de deux républiques sécessionnistes, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie.

avec agences