Génocide des Tutsi au Rwanda: ouverture à Paris du procès d'un ex-préfet

Un portrait de l'ex-préfet rwandais Laurent Bucyibaruta (g) au mémorial du génocide de Murambi, le 21 avril 2022 à Nyamagabe, au Rwanda (AFP/Simon WOHLFAHRT) (Simon WOHLFAHRT)

Vingt-huit ans après le génocide au Rwanda, une quatrième affaire devant la justice française: l'ex-préfet rwandais Laurent Bucyibaruta a commencé à comparaître lundi devant les assises de Paris pour sa participation présumée à l'extermination des Tutsi en 1994.

Le procès, prévu pour durer plus de deux mois, s'est ouvert dans l'après-midi avec une première offensive de la défense.

Les avocats de l'ancien fonctionnaire demandaient l'annulation des poursuites, initiées il y a 22 ans, jugeant ces délais "déraisonnables" et attentatoires aux droits de la défense.

La cour d'assises a rejeté cette demande, soulignant que la défense aurait dû la présenter avant la fin de l'instruction.

Laurent Bucyibaruta, 78 ans, était arrivé dans la salle d'audience dans un fauteuil roulant, une canne à la main.

Silhouette élancée, veste beige, pantalon noir, l'accusé a ensuite pris place dans un grand fauteuil, avant de décliner, assis et d'une voix hachée, son identité.

L'ancien préfet souffre de "cardiopathie et de diabète sévères", et doit être dialysé "deux fois par jour", a mis en avant l'un de ses avocats, Me Jean-Marie Biju-Duval.

Une expertise médicale l'a déclaré apte à comparaître, avec une durée des audiences limitée à sept heures par jour.

"Il peut comparaître, il peut s'exprimer, mais est-il en état de se défendre ?", s'est interrogé Me Biju-Duval.

Le parquet national antiterroriste (Pnat) a balayé le bien-fondé de la demande de la défense, estimant qu'elle avait "pour unique but de refuser le débat judiciaire".

- Réunions "de sécurité" -

Réfugié en France depuis 1997, Laurent Bucyibaruta conteste les accusations de génocide, complicité de génocide et complicité de crimes contre l'humanité pour lesquelles il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Il est le plus haut responsable jamais jugé en France pour des crimes liés au génocide au Rwanda en 1994, après les condamnations définitives d'un officier militaire et de deux bourgmestres, et la condamnation en première instance d'un chauffeur qui a fait appel.

Préfet de Gikongoro de 1992 à juillet 1994, une région du sud du Rwanda où les tueries furent particulièrement violentes, Laurent Bucyibaruta est accusé d'avoir encouragé et ordonné des exécutions de Tutsi.

Au cœur du dossier: plusieurs réunions "de sécurité", de planification de massacres selon l'accusation, convoquées par Laurent Bucyibaruta ou auxquelles il a participé après l'attentat contre le président hutu Juvenal Habyarimana, le 6 avril 1994.

Le "pays des mille collines" plongera ensuite dans un chaos destructeur qui fit, en cent jours, au moins 800.000 morts, essentiellement issus de la minorité tutsi, mais aussi des Hutu modérés.

La deuxième journée d'audience doit être consacrée à la lecture par le président de la cour d'un résumé du dossier, puis à l'examen de la personnalité de l'accusé.

- Massacre à l'école -

Les débats s'intéresseront ensuite au rôle et aux pouvoirs d'un préfet et s'attarderont sur six scènes principales de massacres pour lesquelles la responsabilité de Laurent Bucyibaruta est questionnée.

Il lui est notamment reproché d'avoir participé activement au massacre de l'école technique de Murambi en incitant les civils à s'y réfugier et en leur promettant ravitaillement et sécurité.

Le 21 avril 1994 vers 03H00 du matin, des dizaines de milliers de Tutsi rassemblés dans cette école en construction, entourée de barrages routiers, sont exécutés à la machette, à la grenade et au fusil par des militaires, des miliciens et des civils hutu.

Une poignée d'entre eux survivent en prenant la fuite ou en se cachant parmi les cadavres. Les tueries se poursuivent dans la journée dans deux paroisses voisines.

Théâtre de l'un des plus sanglants massacres du génocide au Rwanda, le site est depuis devenu un mémorial.

Des rescapés de cette attaque, ainsi que de celles ayant visé des églises et une école primaire dans la province de Ginkogoro, doivent témoigner au procès.

Au total, la cour a prévu d'auditionner 115 personnes - dont 25 à la demande de la défense.

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) avait un temps réclamé Laurent Bucyibaruta, mais il s'était finalement dessaisi au profit des juridictions françaises.

Une trentaine de procédures liées au génocide au Rwanda sont actuellement ouvertes au pôle crimes contre l'humanité du tribunal de Paris.

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