Général Vincent Desportes : “Il nous faut une défense de l’Europe, pour l’Europe par l’Europe”

Comment avez-vous reçu la déclaration du président Emmanuel Macron lorsqu’il a dit que l’Otan est en “état de mort cérébrale” ?

Vincent Desportes : Lorsque le président utilise cette formule, il a factuellement raison : la machine Otan “fonctionne” avec ses états-majors, ses exercices, ses incessantes réunions, son superbe bâtiment rutilant à un milliards d’euros … mais pas sa direction générale, son cerveau ! L’organisation traverse une crise de leadership extrêmement grave, mais aussi une crise de solidarité. L’Otan n’est plus capable de réguler ses membres comme le prouve le cas extravagant de la Turquie : cet étrange allié conduit des opérations militaires en Syrie dans les zones d’intérêt de ses soi-disant alliés, contre les alliés de ses alliés, sans même prévenir ces derniers ni assurer un minimum de coordination, sans hésiter par ailleurs à acquérir des matériels russes, les systèmes de défense anti-aérienne dernier cri S400 ! Il n’y a plus de régulation centrale, il n’y a tout simplement plus de "sens commun" !

Mais, le problème fondamental n’est celui-là : il est celui désengagement croissant et inéluctable des États-Unis, le pays qui assure la crédibilité et la réassurance de l’ensemble. Tel que l’OTAN est structurée aujourd’hui, cette organisation n’est qu’un tigre de papier sans les Américains qui, pour des raisons parfaitement rationnelles d’ailleurs, s’intéressent de moins en moins à l’Europe. Le président Donald Trump le martèle lui-même : “L’Amérique ne doit pas investir dans l’Otan, cette alliance est obsolète”. Le "pivot" américain vers le Pacifique vient de loin, il est inéluctable, inscrit dans l’évolution du monde. Rappelons-nous le président Obama clamant : "Je suis un président du Pacifique" ! Le découplage entre les Etats-Unis et l’Europe fait partie des rares certitudes que nous pouvons avoir sur l’évolution du monde, qu’on le regrette ou non.

Moins de leadership, moins de solidarité : les membres de l’Otan ne se sentent plus responsables des

(...) Cliquez ici pour voir la suite