Pour le général Pierre de Villiers, "il faut aller plus vite contre l'islam radical"

Jules Pecnard
·4 min de lecture
Le général Pierre de Villiers - BFMTV / Capture d'écran
Le général Pierre de Villiers - BFMTV / Capture d'écran

Il fait partie des candidats fantasmés par une partie de la droite. Invité ce samedi de Ruth Elkrief, le rendez-vous sur BFMTV, le général Pierre de Villiers a donné sa vision de ce que devait être, selon lui, la riposte contre la terrorisme islamiste qui a coûté la vie à Samuel Paty le 16 octobre. "Ni excessif, ni Cassandre", il se veut avant tout le héraut - et non le héros - d'une approche "pragmatique".

D'après l'ancien chef d'état-major des armées, dont l'hypothèse d'une candidature est évoquée peu ou prou depuis son limogeage par Emmanuel Macron, "il faut aller plus vite contre l'islam radical".

"À chaque fois, j'ai vécu la même chose. On a l'attentat, il y a une grande émotion, on fait un hommage, on fait un texte de loi, qui met du temps à s'appliquer (...) et ensuite on prend des mesures d'urgence, généralement symbolique", regrette-t-il.

Adapter notre droit

Le militaire, qui publie son troisième ouvrage, L'équilibre est un courage, préconise l'application de mesures plus fortes:

"Il faut que nous puissions arrêter les prêches intégristes, islamistes radicaux, en expulsant ces imams, en fermant ces mosquées radicales, (...) en correllant mieux en cohérence notre politique internationale avec ceux qui soutiennent ceux qui financent cet islam radical."

Selon Pierre de Villiers, qui a connu les théâtres d'opération au Sahel, où les opérations Serval puis Barkhane ont justement visé à combattre le jihadisme, la France n'est "pas assez ferme". "Eux, en face, (...) ils ont le couteau entre les dents", prévient-il.

D'où la nécessité, d'après le frère de Philippe de Villiers, d'"adapter les textes de l'État de droit pour être en mesure de faire, de manière opérationnelle, un certain nombre de choses qu'on a du mal à faire, manifestement".

"Pour fermer une salle de prière radicale avec des prêches anti-Français, dans l'État de droit d'aujourd'hui, c'est très compliqué", constate le général.

Pas d'ambitions élyséennes?

Favorable à un État fort, Pierre de Villiers estime que le premier rôle de cet État devrait être la "protection" et la "sécurité de ses concitoyens".

"Je pense qu'il faut mieux contrôler nos flux d'entrées dans notre pays pour éviter que les gens mal intentionnés, ou qui se radicalisent sur notre territoire, ne puissent le faire. C'est ça la question. C'est ce que demandent les Français!", affirme-t-il.

C'est là où la question de son avenir politique se pose. L'élection présidentielle de 2022 approchant à grands pas et l'échiquier étant pour le moins difficilement lisible, Pierre de Villiers fait partie de ces personnalités interrogées régulièrement sur leurs intentions. Lui assure que sa démarche et ses livres partent d'une intention "désintéressée".

Il dit chercher d'abord "à transmettre ce qu'il a appris" en tant que militaire d'expérience et familier de l'appareil d'État. "Mon livre n'est pas un marchepied politique, un billard à quatre bandes comme certains le croient", promet-il. Dans la perspective d'un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, sa réponse laisse peu de place à l'ambiguïté:

"Je crois qu'il y a des gens qui gouvernent et d'autres qui sont dans une opposition systématique. Y en a qui ont une expérience et d'autres qui n'ont pas d'expérience."

Marine Le Pen: bons constats, mauvaises solutions

Dans un propos rappelant singulièrement celui de Laurent Fabius en 1984, Pierre de Villiers observe par ailleurs que "Marine Le Pen a fait les bons constats, parfois, sur un certain nombre de sujets, qui finalement se sont trouvés cadenassés". Et d'y inclure "le patriotisme, l'insécurité, la lutte contre l'islamisme, la souveraineté".

À l'instar de l'ancien Premier ministre socialiste (à l'époque vis-à-vis de Jean-Marie Le Pen), l'ex-chef d'état-major des armées juge que les solutions du Rassemblement national ne sont pas les bonnes. "Ça me semble évident", dit-il, avant de rendre hommage à un "certain nombre de gens qui ont eu raison trop tôt". Et de faire allusion à son frère:

"Je pense que sur le thème de l'islamisation de notre société et du danger islamiste, Philippe de Villiers avait eu cette intuition il y a déjà longtemps."

"On aurait tort de négliger les bons constats, (mais) il faut prendre des solutions pragmatiques", prévient-il, mettant en lumière les contraintes juridiques et internationales qui doivent entrer en ligne de compte.

"Tout n'est pas faisable du jour au lendemain. (...) La plupart des jeunes que je vois en cité, ils sont Français de deuxième ou troisième génération, donc nous devons faire avec", rappelle-t-il.

Article original publié sur BFMTV.com