Fusillade mortelle à Bordeaux: comment expliquer l'"escalade" de la violence dans la ville?

Justine Chevalier
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La fusillade a eu lieu dans le quartier des Aubiers au nord de Bordeaux. - thibaud MORITZ © 2019 AFP
La fusillade a eu lieu dans le quartier des Aubiers au nord de Bordeaux. - thibaud MORITZ © 2019 AFP

Le quartier des Aubiers a été le théâtre ce week-end d'une fusillade au cours de laquelle un jeune garçon de 16 ans a trouvé la mort. Trois autres adolescents, âgés de 13 à 16 ans, et un homme de 35 ans, ont été blessés ce samedi par ces tirs en rafale à l'arme automatique depuis un véhicule qui circulait dans ce quartier sensible du nord de Bordeaux. Une enquête pour assassinat a été ouverte, et confiée à la police judiciaire, par le parquet de Bordeaux.

"L'audition des témoins et des victimes devrait permettre d'élucider ces faits qui s'inscrivent dans une escalade des tensions entre quartiers constatées depuis plusieurs semaines", a indiqué Frédérique Porterie, le procureur de Bordeaux dans un communiqué précisant qu'"aucun élément ne permet de relier ces faits entre eux".

"On est dans la grande criminalité"

Dimanche, le maire EELV de Bordeaux Pierre Hurmic a fait part de son inquiétude face à l'"escalade depuis quelques temps d'une criminalité organisée avec des armes lourdes", alors que Bordeaux "a longtemps été à l'abri des phénomènes de grande délinquance". "Avec les Aubiers, nous avons franchi un cap supérieur, nous ne sommes plus dans la petite délinquance urbaine de rue, on est dans la grande criminalité", a estimé auprès de BFMTV l'élu.

Son adjoint à la Sécurité Amine Smihi a jugé "très inquiétants" deux aspects: que "des armes de calibre et nature quasi-automatique circulent à ce niveau dans la population" et "le degré de détermination concerné: des gens qui n'étaient pas venus pour parader, fanfaronner ou défier, mais manifestement avec l'intention de tuer". Ces derniers temps, "nos acteurs sociaux nous font remonter que la tension monte", a-t-il relevé.

Le quartier des Aubiers est en effet le théâtre depuis plusieurs semaines de faits de violence. Le soir du 31 décembre, une quarantaine de jeunes s'en sont pris aux forces de l'ordre, blessant cinq policiers, avec des tirs de mortiers d'artifice. Il est également au coeur d'une lutte avec deux autres quartiers bordelais. Mi-décembre, des jeunes de ce quartier, classé comme l'un des premiers quartiers de reconquête républicaine, se sont livrés à un affrontement armé avec ceux d'un autre quartier, celui de Chantecrit. Le 25 décembre, un jeune de 23 ans, habitant cette cité, a d'ailleurs été blessé par balle.

Guerre de territoires

Ces tensions seraient le résultat de guerre de territoire sur fond de trafic de drogue. Le confinement n'a qu'accentué le phénomène, selon les acteurs locaux.

"Bordeaux est une plaque tournante de la drogue, fait valoir Eric Marrocq, secrétaire régional du syndicat Alliance police. La ville est sur l'axe européen nord-sud pour le trafic de drogue et les cités bordelaises ne sont pas exemptes de ce trafic. A cette lutte de territoires s'ajoute une compétition entre les quartiers pour faire le plus gros coup médiatique."

Et d'ajouter: "Bordeaux n'est plus 'La belle endormie', la situation est semblable à celle de Marseille ou Toulouse."

De cette situation, découle la question du manque d'effectif policier. "Lorsque les policiers agissent dans un quartier, ça pète dans un autre", assure Eric Marrocq.

Si le policier salue toutefois le détachement depuis plusieurs mois d'une demie compagnie de CRS, il appelle au recrutement de policiers formés pour assurer la sécurité publique, d'autant que Bordeaux est touchée depuis deux ans par une recrudescence de la délinquance de rue et une hausse des agressions.

Lors de sa prise de fonction à la tête de la mairie, Pierre Hurmic, mis en cause par son opposition sur cette question, a assuré que la problématique de la sécurité est l'une de ses priorités. L'élu EELV a promis de doubler les effectifs de la police municipale. Il a également plaidé pour l'implantation fixe d'une compagnie de CRS à Bordeaux, soit 70 policiers supplémentaires.

Article original publié sur BFMTV.com