Les Furtifs, le nouveau roman d'Alain Damasio, est un exploit littéraire

Marcus Dupont-Besnard
Une expérience philosophique, politique et littéraire de haut niveau faisant vivre aux lecteurs et lectrices un moment de lecture radicalement incomparable.

Attendu depuis 15 ans, le nouveau et troisième roman d’Alain Damasio est en librairie depuis ce 18 avril. Fidèle à lui-même en étant toujours aussi révolté, engagé, poétique et hors des normes, l’auteur nous livre un travail d’orfèvre de grande envergue. Et il ajoute une pierre d’autant plus décisive à l’édifice de son œuvre qu’il a également su se renouveler.

Les Furtifs se situe dans un futur proche, en France. Les multinationales sont devenues propriétaires de villes entières. Usant et abusant de la technologie comme pierre angulaire de nos existences, ces entreprises exercent une surveillance liberticide, un contrôle déshumanisé. Dans ce contexte, une unité de l’armée chasse les “furtifs”, des êtres qui vivent parmi nous mais sont insaisissables et quasi invisibles: en tant que métamorphes, ils se transforment en presque tout ce qu’ils veulent et, dès que l’on aperçoit leur vraie forme, ils se suicident en se pétrifiant sous forme de statue.

Au travers et au-delà de ce scénario et de sa portée aussi politique que philosophique, Les Furtifs est une consécration littéraire pour Alain Damasio.

Littérature musicale

Les ouvrages les plus épais peuvent parfois tomber dans le terrible piège d’un étirement en longueur lent et artificiel. Mais rien de tel ici. La densité d’écriture d’Alain Damasio est phénoménale. Au fil des 700 pages, chaque paragraphe compte et possède son rôle à part entière. Plus encore, chaque phrase est minutieusement élaborée, chaque mot est placé comme un musicien place ses notes.

Le son a d’ailleurs une importance centrale dans cette œuvre. Communiquer avec les furtifs est très difficile tant cette espèce ne semble pas vivre sur un même plan que les humains. Mais Saskia, une “traqueuse phonique”, établit une forme de dialogue intime avec eux… grâce à des échanges purement sonores.

Toute cette musicalité se retrouve aussi dans l’écriture d’Alain Damasio. Les mots claquent, tintillent, tambourinent, claironnent et s’harmonisent – parfois jusqu’à...

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