"Un front n'est pas dans leur intérêt": un ex-commandant de l'Otan analyse la stratégie ukrainienne

Le général Jean-Paul Paloméros sur le plateau de BFMTV le 2 janvier 2023.  - BFMTV
Le général Jean-Paul Paloméros sur le plateau de BFMTV le 2 janvier 2023. - BFMTV

"Les Ukrainiens sont en première ligne de notre liberté" mais "leur courage seul ne suffira pas". Jean-Paul Paloméros, général français et ancien commandant suprême allié 'Transformation' de l'Otan, était l'invité du Face-à-face de BFMTV ce lundi matin, afin d'analyser la situation de la guerre en Ukraine et l'évolution du conflit.

"Notre espoir doit résider dans notre action", a-t-il insisté. Et pour mieux définir cette action, l'officier a d'abord brossé le tableau des forces en présence.

Le général Jean-Paul Paloméros a estimé à 100.000 le nombre des soldats mis hors de combat d'un côté comme de l'autre. Deux camps séparés par un front. Car pour l'ex-commandant de l'Otan, on peut en effet parler d'un front: "À Bakhmout, on a l'expression d'un front, même s'il n'est pas continu sur 800 kilomètres." Or, a-t-il repris, "ce n'est pas dans l'intérêt ukrainien de laisser s'établir ce front".

Les options sur la table

En effet, pour le général, cette guerre de positions risque d'annihiler ce qui a constitué jusqu'ici le grand atout de l'armée ukrainienne: sa mobilité.

"Monsieur Poutine continue ses attaques dans la profondeur, mobilise ses réservistes, il reprend la main, alors que la force des Ukrainiens était d'être très offensifs, de prendre l'initiative, grâce à leur courage mais aussi leurs innovations", a-t-il lancé.

Les premiers intéressés en sont cependant bien conscients. "On a vu récemment une réflexion entre le président ukrainien et ses chefs militaires qui posaient très clairement le débat, en disant: 'Ce n'est pas une bonne option de se laisser enfermer mais on peut soit attaquer par le nord - ce qui serait  une bonne option car ça couperait les lignes logistiques des Russes, ce qui les déstabiliserait  - soit par le sud, et descendre sur Melitopol, ce qui les rapprocherait de la Crimée", a posé Jean-Paul Paloméros.

Une aviation qui fait cruellement défaut

Un effort de guerre qui exigerait de se porter à la fois sur le terrain mais aussi dans les airs. Et c'est là que le bât blesse, car l'aviation de chasse fait cruellement défaut aux Ukrainiens.

"Le manque de dimension aérienne est quand même un déficit pour les Ukrainiens et je ne pense pas que les Occidentaux fournisse ça dans l'immédiat", a-t-il regretté. "C'est une limitation de notre aide aujourd'hui", a-t-il encore reconnu.

Celui qui fut l'un des chefs de l'Otan a noté: "Les Ukrainiens sont soutenus par la volonté collective mais la résilience a ses limites, ça use le potentiel industriel, les capacités de défense". L'alliance occidentale est donc cruciale. "La clé c'est d'entretenir l'effort, c'est maintenant qu'on va voir qui est le plus fort. Est-on collectivement capable de soutenir et d'entretenir l'effort ukrainien coûte que coûte?" s'est-il interrogé.

S'il a admis que l'aide livrée à l'Ukraine était "colossale", il a jugé que les Européens devaient se demander "comment la dynamiser encore et mettre leur industrie de défense sur le pied de guerre". L'officier a illustré: "Jusqu'à présent, on s'est interdit de fournir des moyens de frappes dans la grande profondeur et ça pourrait aller depuis une aviation de chasse jusqu'à des missiles de portée lointaine."

Une solution politique

Toutefois, l'essentiel n'est pas là d'après Jean-paul Paloméros: "Mais ce qu'il faut c'est de continuer à donner des moyens de frappes sur le théâtre. Ce que les Ukrainiens demandent c'est plus de pièces d'artillerie, plus de drones".

Enfin, l'intendance militaire doit être couplée à une plus grande intégration politique de l'Ukraine. Tandis que dans ses voeux, Volodymyr Zelensky a assuré à ses compatriotes que leur pays "rejoignait l'UE et l'Otan" - perspective honnie par Vladimir Poutine qui ne veut pas entendre parler d'une extension de l'Alliance atlantique aux frontières russes -, le militaire l'a approuvé.

"Pour Volodymyr Zelensky, il ne peut y avoir d'alternative et nous aussi devons nous en convaincre", a affirmé Jean-Paul Paloméros, qui a achevé: "Il faudra donner des garanties de sécurité à l'Ukraine".

Article original publié sur BFMTV.com