Fronde du général de Villiers, affaires Benalla et Rugy: les 14-Juillet maudits de Macron

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Le président de la République Emmanuel Macron sur la place de la Concorde à Paris lors de la cérémonie du 14 juillet 2020. - Christophe Ena / Pool / AP
Le président de la République Emmanuel Macron sur la place de la Concorde à Paris lors de la cérémonie du 14 juillet 2020. - Christophe Ena / Pool / AP

Emmanuel Macron vit ce mercredi le dernier 14-Juillet de son premier mandat présidentiel. L'occasion pour lui, son gouvernement, mais aussi tous les Français, d'assister à nouveau au symbolique défilé militaire, absent en 2020 à cause de la crise sanitaire.

Le retour d'une cérémonie solennelle visant à célébrer l'union nationale mais entachée ces dernières années par des affaires ou des événements liant de près ou de loin le chef de l'exécutif. Retour sur ces festivités parfois manquées par le président de la République.

• 2017 et la rupture avec le général de Villiers

L'émerveillement de Donald Trump et la reprise des tubes de Daft Punk par la fanfare de l'armée française n'auront été qu'une accalmie. Pour son premier défilé militaire en tant que chef de l'Etat, Emmanuel Macron ne parvient à cacher le climat délétère entre lui et le chef d'Etat-Major aux Armées Pierre de Villiers, frère de Philippe de Villiers.

Tout est parti de Bercy. Gérald Darmanin, alors ministre chargé des Comptes publics, annonce le 11 juillet des coupes budgétaires drastiques de 850 millions d'euros dans le budget de la Défense. Un serrage de ceinture surprise alors qu'Emmanuel Macron s'était engagé lors de sa campagne à porter ce budget à 2% du PIB d'ici 2025.

"Je ne me laisserai pas baiser comme ça", lance à huis clos le chef d'Etat-major en pleine commission de la Défense à l'Assemblée nationale. Des propos tenus le 12 juillet 2017 et rapportés par des députés à nos confrères du Monde.

Recadrage immédiat du chef de l'Etat. En déplacement à l'hôtel de Brienne pour saluer les troupes la veille du défilé, Emmanuel Macron estime qu"'il n'est pas digne d'étaler certains débats sur la place publique".

"J'ai pris des engagements, je suis votre chef [...] je n'ai à cet égard besoin de nulle pression et nul commentaire", répond sèchement le président de la République.

Leur descente commune de l'avenue des Champs-Élysées en amont du défilé militaire est alors scrutée par tous et toutes. L'ambiance est glaciale. Mais aucun incident protocolaire n'a lieu et Emmanuel Macron s'en va même féliciter le général à la fin de la cérémonie. Un apaisement de façade, la confiance est déjà rompue entre les deux hommes.

Le chef de l'Etat avance dès le lendemain l'hypothèse d'un évincement dans les colonnes du Journal du dimanche: "si quelque chose oppose le chef d'Etat-Major au président, le chef d'Etat-Major des armées change." Le limogeage n'aura jamais eu lieu. Le 19 juillet, soit moins de dix jours après le début de la polémique, le général Pierre de Villiers remet sa démission. Une première sous la Ve République, qui entâche ce premier rendez-vous solennel du chef des Armées.

"Emmanuel Macron sait qu'une grande partie d'une élection présidentielle ne se joue pas tant sur les programmes des candidats mais sur la capacité à incarner la fonction", décrypte pour BFMTV.com Benjamin Morel, maître de conférences en droit public à l'unviersité de Paris II - Panthéon Assas.

• 2018, la victoire des Bleus éclipsée par l'affaire Benalla

Un an plus tard, le contexte est des plus favorables pour Emmanuel Macron. Les Bleus ont ramené la coupe à la maison et une deuxième étoile. Quelques petits couacs ont lieu lors de la cérémonie: une erreur pour le moins visible de la patrouille de France et la chute de deux motards de la Garde républicaine devant l'estrade officielle.

Pas de quoi gâcher l'effervescence ressentie dans tout le pays. Mais elle ne durera pas. Quelques jours plus tard, le journal Le Monde identifie dans une vidéo un chargé de mission auprès de la présidence de la République en train de frapper des personnes lors des manifestations du 1er-mai à Paris. Il s'agit d'Alexandre Benalla. L'Élysée, qui prend connaissance de la vidéo peu de temps après les faits, ne sanctionne son collaborateur qu'à hauteur de deux semaines de suspension et met fin à ses fonctions de protection.

Problème: Alexandre Benalla, aux fonctions au demeurant floues, continuera d'accompagner le président lors de ses déplacements. Le 14 juillet, il se tient notamment aux côtés d'Emmanuel Macron lors du défilé militaire. La présidence de la République, qui engage finalement une procédure de licenciement à l'encontre d'Alexandre Benalla, est pointée du doigt. Et elle se défend à sa manière.

"Le seul responsable de cette affaire, c'est moi et moi seul", lance le 24 juillet Emmanuel Macron devant une cohorte de soutiens, "s'ils veulent un responsable il est devant vous, qu'ils viennent le chercher."

Cette déclaration, vue comme une provocation à l'encontre du pouvoir législatif - une commission parlementaire ayant été ouverte - et de l'autorité judiciaire, est critiquée par l'opposition. L'été sera long pour l'exécutif. Sa fin encore plus dure avec la démission choc de Nicolas Hulot. L'union nationale vécue début juillet se fane au fil des mois et disparaît définitivement à l'automne avec les Gilets jaunes.

• L'affaire Rugy au menu du 14 juillet 2019

Le mouvement contestataire né à la fin de l'année 2018 multipliera les manifestations au fil des semaines. Il s'essouffle progressivement à partir du printemps 2018, mais la contestation du pouvoir en place demeure.

Des centaines de gilets jaunes sifflent et huent Emmanuel Macron au cours de sa descente des Champs-Elysées le 14 juillet 2019. Quelques débordements surviennent sur la plus célèbre avenue du monde à la fin du défilé et des figures du mouvement contestataire sont alors interpellées. Ce n'est plus ce qui se passe dans la rue qui préoccupe alors le président mais ce qui a lieu sous les ors de la République.

Le 10 juillet, Mediapart révèle que le ministre de la Transition écologique et solidaire François de Rugy organisait, lorsqu'il était président de l'Assemblée nationale, de fastueux dîners en utilisant des fonds publics et en faisant appel au personnel de l'Assemblée nationale.

Les révélations s'enchaînent mais le ministre tient, du moins le temps de la fête nationale. Le 16 juillet, François de Rugy présente sa démission alors que Mediapart publie une nouvelle enquête relative à l’utilisation de ses frais professionnels en tant que parlementaire.

"L'affaire de Rugy a moins été problématique que l'affaire Benalla", estime néanmoins pour BFMTV.com Benjamin Morel, "ce qui s'est passé lors de l'été 2018 le touchait directement, en partie à cause d'une communication aux nombreuses maladresses, tandis que cette polémique concernait, certes, un ministre mais pour des faits en tant que président de l'Assemblée nationale. La séparation des pouvoirs jouait en faveur du président."

Une cérémonie sans public en 2020 à cause du Covid

Les jeeps, motos, chevaux et chars n'ont pas descendu les Champs-Élysées l'année dernière. La crise sanitaire qu'a engendrée le coronavirus a eu raison des attroupements de passants, interdits sur l'avenue pour éviter tout risque de contaminations. La sortie d'un confinement de près de deux mois et l'amélioration de la situation sanitaire par rapport au printemps n'auront pas permis d'envisager une grande communion autour du corps militaire. Au grand dam du chef de l'État.

Une cérémonie s'est toutefois tenue, celle-ci prenant la forme d'un hommage de la nation aux soignants et personnels de santé mobilisés tout au long de ce qui fut la première vague de l'épidémie.

L'occasion aussi pour Emmanuel Macron d'afficher son nouveau gouvernement après le départ de son Premier ministre Edouard Philippe pour la mairie du Havre. La nomination de Jean Castex au gouvernement étonne plus d'un commentateur, celle de Gérald Darmanin au ministère de l'Intérieur aussi. La promotion de l'ancien maire de Tourcoing met le sommet de l'Etat dans l'embarras, le locataire de Beauvau étant visé par une plainte pour viol.

Un an plus tard, la crise est toujours là et menace les vacances estivales des Français. Les élections régionales se sont trouvées être un désastre pour l'exécutif. Emmanuel Macron tente, même lorsqu'il est attendu sur les nouvelles mesures pour contrer la progression du variant Delta, de défendre son bilan moins d'un an avant la présidentielle de 2022. Et toutes les communications sont bonnes à prendre pour le président.

"Par peur d'être considéré comme orgueilleux et hors sol, Emmanuel Macron a désormais recours à des cassures comme la vidéo avec McFly et Carlito et leurs paris du 14-Juillet pour tenter de montrer aux Français qu'il n'est pas que ça", note Benjamin Morel.

Reste que le Covid le rattrape depuis des mois et risque bien d'occuper la scène médiatique et politique jusqu'à la prochaine élection présidentielle. Une échéance électorale qui décidera de sa présence, ou non, au défilé du 14 juilllet 2022.

Article original publié sur BFMTV.com

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