"Frappes de représailles" russes: la version de Moscou contredite par les témoignages recueillis en Ukraine

Un homme marche sur les décombres à Kramatorsk en Ukraine, le 8 janvier 2023 - BFMTV
Un homme marche sur les décombres à Kramatorsk en Ukraine, le 8 janvier 2023 - BFMTV

Le conflit entre la Russie et l'Ukraine se joue aussi sur le terrain de l'information. Moscou a affirmé dimanche avoir tué "plus de 600 soldats ukrainiens" après avoir mené des frappes sur des casernes militaires à Kramatorsk, dans l'est de l'Ukraine.

Moscou a parlé d'une "frappe de représailles" au bombardement ukrainien qui avait tué au moins 89 soldats russes le 1er janvier. Mais la véracité des pertes ukrainiennes revendiquées par Moscou pose question.

Des frappes entendues par les habitants de Kramatorsk

Des vitres soufflées et des cratères sont bien visibles à Kramatorsk, dans l'est de l'Ukraine, là où l'armée russe dit avoir mené ses frappes de missiles, a pu constater sur place BFMTV.

Vasyle, un habitant de la ville, confirme à notre caméra avoir entendu des frappes dans la nuit de samedi à dimanche.

"Il y a eu de fortes explosions dans la soirée, les fenêtres tremblaient", témoigne-t-il.

Les autorités locales ukrainiennes confirment de leur côté que sept roquettes sont tombées sur Kramatorsk. Deux autres roquettes ont visé la ville voisine de Kostiantynivka.

Ces dégâts semblent cependant bien loin de ceux revendiqués par la Russie. "En réponse à la frappe criminelle du régime de Kiev dans les premières minutes de janvier 2023 (...), les forces russes ont mené une opération de représailles. Plus de 600 militaires ukrainiens ont été tués", affirmait dimanche le porte-parole du ministère russe de la Défense.

Pas trace de victimes

Sur place, pas trace non plus de victimes. Impossible de confirmer que les casernes militaires que Moscou affirme avoir visées sont bien des installations militaires. Les habitants de Kramatorsk croisés par notre équipe ne semblent pas non plus inquiets ou perturbés par ces frappes.

"Il y a eu une série d'explosions", reconnaît l'un d'eux, prénommé Mykhaïlo. "Il n'y a vraiment rien de plus à dire, juste une journée normale", ajoute-t-il cependant.

L'Ukraine rejette les revendications russes

Après que la Russie a revendiqué dimanche avoir tué plusieurs centaines de soldats urkainiens, un responsable militaire ukrainien a démenti ces "frappes de représailles".

Kiev affirme qu'aucune victime n'a été recensée dans les tirs qui ont touché Kramatorsk et qu'aucune caserne militaire n'a même été touchée par une frappe russe dans cette ville.

"Les troupes russes n'ont pas la capacité de délivrer des frappes de haute précision", a estimé un porte-parole du commandement Est de l'armée ukrainienne, Serguiï Tcherevaty, au média Suspilne.

Il dénonce une simple "opération de communication" russe destinée à rassurer sa population et à répondre aux critiques.

"Une bataille de communiqués"

"On est dans une bataille de communiqués", analyse pour BFMTV le général Vincent Desportes, ancien directeur de l'École de Guerre et professeur de stratégie à Sciences Po et HEC. "La base, dans une guerre, est que toute communication est d'ordre politique. On sait que la première victime de la guerre est la vérité", développe-t-il.

Fait extrêmement rare, la Russie a reconnu avoir subi des pertes importantes face aux troupes ukrainiennes et avoir perdu 89 soldats dans une frappe menée le 1er janvier dernier. Selon des journalistes internationaux et les autorités ukrainiennes, ce chiffre est cependant sous-estimé. Ils font état pour leur part de plusieurs centaines de morts.

Article original publié sur BFMTV.com