Frappes à Zaporijia : quels sont les risques si la centrale nucléaire est touchée?

Vue de la centrale de Zaporijia.  - AFP PHOTO / Satellite image ©2022 Maxar Technologies
Vue de la centrale de Zaporijia. - AFP PHOTO / Satellite image ©2022 Maxar Technologies

La plus grande centrale d'Europe a été visée par de nouvelles frappes dimanche dont l'Ukraine et la Russie s'accusent mutuellement. Le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique dénonce des tirs "ciblés et délibérés".

La centrale nucléaire de Zaporijia a de nouveau été visée par des tirs dimanche, dont la Russie et l'Ukraine s'accusent mutuellement. Si aucune émission de radiation n'a été enregistrée après le bombardement, faut-il s'inquiéter pour la plus grande centrale nucléaire d'Europe, alors que le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Rafael Grossi a dénoncé des attaques "ciblées" et "délibérées" sur BFMTV ?

• Quels sont les lieux critiques ?

En cas de frappes à Zaporijia, comme c'est arrivé plusieurs fois ces derniers mois, les six réacteurs de la centrale sont les premiers lieux à surveiller, tout comme les zones de stockage de combustible, indique à BFMTV.com Emmanuelle Galichet, docteure en physique nucléaire.

La centrale stocke notamment de l'uranium 235 et de l'uranium 238, qui servent à l'alimenter. Même si les éléments chimiques sont conservés dans des "emballages" qui peuvent notamment les protéger en cas d'accident de la route, ces emballages peuvent toujours "être fissurés par des tirs", explique l'experte. Si elles sont touchées, ces zones comportent des "risques radioactifs".

Autre risque possible, celui d'une coupure de l'alimentation électrique si les câbles étaient touchés. Dans ce cas, il existe cependant une solution de secours: les générateurs. À Zaporijia, des réserves de diesel pour les alimenter sont disponibles, mais uniquement pour une durée maximale de 10 jours.

En cas de coupure électrique prolongée, le système de refroidissement des réacteurs ne pourrait plus fonctionner, laissant courir le risque d'un "accident de fusion du combustible" et de "rejets radioactifs dans l'environnement", selon l'Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

• Quels risques comportent les matières nucléaires ?

La matière nucléaire est présente sur le site sous deux formes : neuve et usagée. Pour les éléments nucléaires usagés, ils sont situés "sous des dômes en béton, donc il y a peu de risques", assure Ludovic Dupin, directeur de l'information de la Société française d'énergie nucléaire (SFEN) sur BFMTV.

Pour ce qui est des éléments pas encore utilisés, ils sont situés dans des zones moins protégées. Pour le patron de la SFEN, il existe dans ce cas de figure un risque de "pollution localisée", mais "pas (de risque) d'explosion".

• Y-a-t-il une possibilité de fuite radioactive ?

Les risques d'"émissions radioactives" sont réels, mais ne "relèveraient pas de l'accident nucléaire qu'on a connu à Tchernobyl", assure sur BFMTV Lova Rinel, chercheure associée à la Fondation pour la recherche stratégique.

Des rejets sont malgré tout possibles dans l'absolu, mais ils pourraient être effectués progressivement par le personnel de façon à se "diluer dans l'atmosphère" pour que "les risques soient les plus petits possibles", indique Emmanuelle Galichet.

La distance qu'ils pourraient parcourir est complexe à évaluer car elle dépendrait d'éléments aussi variables que le vent ou la pluie. Malgré cela, l'experte se veut rassurante et assure qu'en France, il n'y pas lieu de s'inquiéter.

• La centrale pourrait-elle exploser ?

Actuellement, les réacteurs sont tous à l'arrêt, depuis le mois de septembre. "Le risque (d'explosion) est improbable", bien que pas totalement nul, estime donc la docteure en physique nucléaire, alors que le "risque d'emballement en chaîne" était plus élevé cet été.

En raison de l'arrêt des réacteurs, "la pression atmosphérique est à 1 bar, la température est en-dessous des 100°C donc loin de la température de fusion du coeur", explique sur BFMTV Ludovic Dupin, directeur de l'information de la Société française d'énergie nucléaire (SFEN).

Cela rend "beaucoup moins probable une coupure électrique" et permet au personnel sur place de disposer de "plus de temps pour trouver de l'électricité ailleurs", indique Emmanuelle Galichet.

• Une catastophe similaire à celle de Fukushima pourrait-elle se produire ?

Depuis la catastrophe survenue au Japon en 2011, les normes de sécurité ont été renforcées. La centrale de Zaporijia est notamment équipée d'un "dôme de confinement" qui n'existait pas à Fukushima et pourrait "limiter les risques de fuites d'hydrogène" en cas de tir de missile, assure l'experte en physique nucléaire.

Par ailleurs, un travail a été effectué au niveau des fondations de la centrale ukrainienne afin de confiner les matériaux en fusion dans la centrale et s'assurer qu'ils n'endommagent pas les sols. En cas de problème d'alimentation extérieure, des arrêts automatiques d'urgence sont également prévus.

Pour Emmanuelle Galichet, les risques de catastrophe à Zaporijia restent mesurés. Elle se dit en revanche plus inquiète pour deux autres centrales ukrainiennes, à Khmelnitski et à Rivné, dans l'ouest du pays, où les réacteurs sont toujours en fonctionnement. "Si des bandits veulent causer de gros dégâts, il y a deux autres centrales à viser", estime-t-elle.

Article original publié sur BFMTV.com

VIDÉO - Ukraine : la centrale de Zaporija visée par des frappes "délibérées et ciblées"