Frappe au Kurdistan : l'Irak accuse la Turquie et menace de riposter

© Reuters, Ari Jalal

Neuf civils, dont des femmes et des enfants, ont été tués et 23 blessés mercredi dans le nord de l'Irak par des tirs d'artillerie imputés à Ankara, ont indiqué des responsables locaux. Les autorités irakiennes ont exigé de leur voisin turc le retrait de toutes ses forces armées d'Irak et l'ont menacé de "ripostes", tandis qu'Ankara rejette toute responsabilité.

Dans cette région du nord de l'Irak, Ankara combat les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Pour Bagdad, il ne fait donc aucun doute que les neuf civils tués et les 23 blessés mercredi 20 juillet dans un parc récréatif du Kurdistan irakien, ont été victimes de tirs d'artillerie turcs.

Le Premier ministre irakien, Moustafa al-Kazimi, a adopté un ton inhabituellement ferme vis-à-vis de son voisin turc, exigeant son retrait militaire du territoire irakien, des "excuses officielles" et menaçant Ankara de "ripostes".

La Turquie, quant à elle, a nié la frappe que lui impute Bagdad. "La Turquie est contre toutes les attaques visant les civils. Elle mène sa lutte contre le terrorisme conformément au droit international", a affirmé le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué. Sans le mentionner directement, Ankara a fait allusion à une éventuelle responsabilité du PKK, classé comme terroriste par Ankara et ses alliés occidentaux.

Les victimes, aux moins trois femmes, deux enfants et trois hommes, étaient pour la plupart des "touristes arabes irakiens, en majorité du centre et du sud de l'Irak", a indiqué à l'AFP Mouchir Bachir, chef du district de Zakho. "La Turquie a frappé à deux reprises le village aujourd'hui", selon lui.

Cette région montagneuse du Kurdistan d'Irak, située près de la frontière turque, est très populaire auprès des Irakiens du centre et du sud du pays, qui fuient les températures caniculaires d'été pour trouver un peu de fraîcheur.

Ankara, qui a de facto installé plusieurs dizaines de bases militaires depuis 25 ans au Kurdistan irakien, a lancé à la mi-avril une nouvelle opération militaire contre les rebelles du PKK dans le nord de l'Irak.

Un déluge de feu

Devant un hôpital de Zakho, Hassan Tahsin Ali, le crâne bandé, raconte avoir miraculeusement survécu au déluge de feu qui s'est abattu sur le parc et ses étendues d'eau, où les visiteurs profitaient d'un moment de détente.

"Nous venons de la province de Babylone (centre du pays)", raconte le jeune homme d'une voix atone à l'AFP. "Il y a eu des frappes à l'aveugle sur nous, il y avait des corps sur l'eau", ajoute-t-il. "Nos jeunes sont morts, nos enfants sont morts, à qui devons-nous nous adresser ? Nous n'avons que Dieu."

"Plus de vingt autocars sont entrés dans le parc et, quinze minutes plus tard, il y a eu de violents bombardements, pas moins de cinq roquettes", raconte un autre rescapé interrogé par l'agence de presse irakienne INA.

Le Premier ministre irakien, Moustafa al-Kazimi, a dépêché sur le site des frappes son ministre des Affaires étrangères, Fouad Hussein, et plusieurs hauts responsables sécuritaires. De son côté, le président irakien Barham Saleh a condamné le "bombardement turc", fustigeant "une violation de la souveraineté du pays et une menace à la sécurité nationale".

L'Irak se "réserve le droit de riposter"

L'Irak va rappeler son chargé d'affaires à Ankara pour consultations et convoquer l'ambassadeur turc à Bagdad, a indiqué mercredi un communiqué du gouvernement.

Ces décisions ont été prises lors d'une réunion du Conseil ministériel de sécurité nationale présidé par le Premier ministre Moustafa al-Kazimi. Le Conseil exige également des excuses officielles de la Turquie "et le retrait de ses forces armées de l'ensemble du territoire irakien".

"Les forces turques ont perpétré une nouvelle fois une violation flagrante de la souveraineté irakienne", a également dénoncé Moustafa al-Kazimi sur Twitter, critiquant l'atteinte "à la vie et à la sécurité des citoyens irakiens". "L'Irak se réserve le droit de riposter à ces agressions et prendra toutes les mesures nécessaires pour protéger son peuple", a-t-il menacé.

Les opérations militaires turques compliquent les relations entre le gouvernement central irakien et Ankara, l'un des premiers partenaires commerciaux de l'Irak. Elles valent à l'ambassadeur turc en poste à Bagdad d'être régulièrement convoqué au ministère irakien des Affaires étrangères. Mais les remontrances irakiennes sont généralement sans lendemain.

En soirée, malgré un important dispositif policier, quelques dizaines de personnes ont manifesté devant un centre de délivrance de visas turcs à Kerbala (centre), brûlant un drapeau turc, a constaté un photographe de l'AFP. Un rassemblement similaire s'est tenu à Nassiriya (sud).

Drones turcs dans le ciel kurde

Erbil, capitale du Kurdistan d'Irak, entretient des relations compliquées avec le PKK car sa présence dans la région entrave ses relations commerciales vitales avec la Turquie voisine. Le 17 juillet, un drone armé – turc selon les responsables locaux irakiens – a visé une voiture à l'ouest de Mossoul, grande ville du nord de l'Irak, tuant le chauffeur qui a pu être identifié et ses quatre passagers, dont une femme.

"Les affrontements entre les forces turques et le PKK dans les zones frontalières sont devenus une menace et un danger permanent pour la vie des citoyens", a dénoncé mercredi le gouvernement régional du Kurdistan dans un communiqué.

Ces quatre passagers ont été identifiés par les services de sécurité du Kurdistan comme étant des combattants du PKK. Un mois plus tôt déjà, quatre "combattants" du PKK ont été tués au Kurdistan irakien dans une attaque menée par des "drones de l'armée turque", selon les autorités de cette région autonome.

Avec AFP

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