Franco, le primat des geôles

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Républicain et communiste condamné à mort en 1944, Manuel de la Escalera a raconté dans son journal un mois d’angoisse avant son exécution supposée. Sa peine commuée, libéré en 1962, il est mort en 1994.

Dans les prisons de Franco, on ne tue pas le dimanche, ni entre Noël et le jour des Rois. La trêve des confiseurs est aussi celle des bourreaux. C’est pendant cette période, du 15 décembre 1944 au 17 janvier 1945, que le condamné à mort républicain et communiste Manuel de la Escalera tient son journal. Il est alors emprisonné à Alcalá de Henares. C’est la ville, rappelle-t-il, où est né Cervantès. Le geôlier est un berger analphabète : «En se voyant à la tête d’un groupe d’hommes qui doivent lui obéir et s’aligner au son de sa voix, des hommes qu’il enferme dans des cellules étroites, et qu’il sort en promenade dans une enceinte pareille à un enclos, des hommes qu’il compte cinq fois par jour comme on compte les moutons, et parmi lesquels il va en choisir certains - pas lui, le "maître" - afin de les tuer, l’ancien berger doit se sentir très satisfait de ses progrès.» C’est un rejeton de Polyphème. Sous la prose concrète de Manuel de la Escalera circulent des métaphores, des mythes, que signe le destin.

Il a été arrêté une première fois en 1937 dans les Asturies, s’est évadé. Il a vécu clandestinement à Madrid, dans une chambre. On l’a repris. Il a connu les prisons de Bilbao, de Burgos. Dans celle-ci, on meurt de faim et sous les coups. Quand il y est entré avec d’autres, on les a conduits à la chapelle et le prêtre a dit en chaire : «Le purgatoire, c’est comme une de ces prisons où se retrouvent ceux qui commettent de petits délits. Des gens qui vont séjourner là quelques jours, quelques mois ou quelques années, qui purgent leur peine et sortent. Mais l’enfer, c’est comme la prison de Burgos : celui qui y entre n’en sort jamais.» Il en est sorti. Le 28 décembre, il écrit dans son journal cette phrase de prophète discret : «Que mes paroles soient le fil (...)

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