La France veut réduire sa dépendance aux importations de soja au nom de la souveraineté alimentaire

par Sybille de La Hamaide et Gus Trompiz
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LA FRANCE VEUT RÉDUIRE SA DÉPENDANCE AUX IMPORTATIONS DE SOJA AU NOM DE LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE

par Sybille de La Hamaide et Gus Trompiz

PARIS (Reuters) - La France cherche à réduire sa dépendance aux importations de soja en provenance d'Amérique du Sud et prévoit pour cela d'augmenter de 40% dans les deux ans ses surfaces agricoles destinées aux plantes riches en protéines, a déclaré mardi le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie.

La France et d'autres pays de l'Union européenne importent des millions de tonnes de soja et de farine de soja chaque année, principalement du Brésil et de l'Argentine, afin de nourrir leur bétail, ce qui les rend dépendants des prix mondiaux, des relations commerciales et des pratiques environnementales à l'étranger.

"On a un objectif, c'est de regagner en souveraineté alimentaire, c'est le maître mot pour notre agriculture française", a déclaré Julien Denormandie dans un entretien à Reuters.

"La crise a révélé un certain nombre de dépendance de notre agriculture dans différents domaines. La cible aujourd'hui, c'est clairement les importations de soja venant du continent américain", a-t-il ajouté.

La production française ne couvre qu'environ 50% des besoins de la France en protéagineux, a précisé le ministre.

Une augmentation de 40% des cultures de protéagineux représenterait 400.000 hectares de terres supplémentaires semés en 2022.

A plus long terme, la France prévoit de doubler d'ici dix ans la surface totale de ces cultures pour la porter à 2 millions d'hectares, ce qui aiderait à réduire de 10% la dépendance du pays aux importations de protéagineux.

La France, premier producteur de cultures de l'Union européenne, investira 100 millions d'euros sur deux ans dans des aides destinées à encourager les agriculteurs à consacrer davantage de surfaces aux cultures protéagineuses et à développer la recherche, a indiqué Julien Denormandie.

"Il y a évidemment une dimension politique à ce plan dans le contexte de réaffirmation de la souveraineté protéinique de la France," a dit à Reuters le président de la Fédération française des producteurs d'oléagineux et de protéagineux (FOP), Arnaud Rousseau.

"Tout le monde est conscient que les imports de soja se poursuivront, en revanche l’ambition est réaliste et atteignable."

Un autre objectif du plan est environnemental, a souligné Julien Denormandie.

"Quand vous importez du soja sud-américain, c'est de l'importation de la déforestation, donc au problème de souveraineté, vous avez un deuxième problème qui est un problème environnemental," a-t-il déclaré.

Greenpeace a cependant regretté que la question de la surproduction de viande, d'oeufs et de produits laitiers ait été "totalement éludée" dans la stratégie française en terme de protéines végétales.

"Tant que le gouvernement refusera d’examiner cette question, nous pouvons d’ores et déjà affirmer que cette stratégie sera vouée à l’échec," a écrit l'association dans un communiqué lundi.

(version française Blandine Hénault et Sybille de La Hamaide; édité par Henri-Pierre André)