France/Vente de carburants à perte : les distributeurs disent non, le gouvernement dans l'embarras

Face à la forte hausse des prix des carburants, le gouvernement français persiste. Il a invité mercredi les enseignes de la grande distribution à contribuer à l'"effort collectif" en vendant leurs carburants à perte.

"Face à l'inflation", "chacun doit et peut faire un effort", a déclaré le porte-parole du gouvernement Olivier Véran devant la presse après le Conseil des ministres.

Problème les trois plus gros distributeurs alimentaires en France, E.Leclerc, Carrefour et Intermarché, ont annoncé le même jour qu'ils ne feraient pas de vente à perte, alors que le gouvernement entend leur en laisser la possibilité temporairement sur le carburant.

L'interdiction "de la revente à perte est un principe très important du commerce depuis 1963", a estimé Alexandre Bompard, PDG de Carrefour et également président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui représente une grande partie du secteur, ajoutant qu'"il ne faut pas ouvrir cette boîte de Pandore au risque de fragiliser à la fois l'équilibre des filières et l'équité territoriale entre les consommateurs".

"Donc en ce qui nous concerne nous, groupe Carrefour - puisque nous ne pouvons pas nous concerter, vous le savez - (...) nous ne vendrons pas à perte, nous continuerons à faire des opérations à prix coûtant, parce que nous ne pouvons pas vendre à perte", a dit le PDG de Carrefour, 2e acteur du secteur.

"Nos entreprises ne sont pas fabriquées pour la vente à perte, nous n'en ferons pas", a ensuite indiqué Philippe Michaud, co-président du groupement d'indépendants E.Leclerc, leader du marché.

Thierry Cotillard (Les Mousquetaires/Intermarché, 3e acteur du secteur) a également indiqué ne pas souhaiter faire de vente à perte.

Enfin Dominique Schelcher, patron de Système U (4e acteur du marché), a lui indiqué que "pour des raisons économiques, il ne sera pas possible" pour Système U "de faire massivement des opérations de vente à perte", sans préciser davantage.

Samedi, la Première ministre Elisabeth Borne avait levé un vieux tabou en annonçant que les carburants pourraient être vendus à perte. Cette mesure, qui doit faire l'objet d'un projet de loi, a été annoncée pour une entrée en vigueur début décembre et une durée de six mois.

Mardi soir, le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné a lui aussi décliné cette proposition dit refuser "ne descendra pas plus bas" que le prix actuel de 1,99 euro par litre fixé actuellement dans les stations-service de son groupe en France.

Le groupe pétrolier avait annoncé la semaine dernière qu'il prolongerait l'an prochain le plafonnement à 1,99 euro par litre du prix de l'essence et du gazole dans ses 3 400 stations, "tant que les prix resteront élevés".

Alors que le dossier semble bel et bien dans l'impasse, le porte-parole du gouvernement a déclaré : "Nous utilisons tous les leviers possibles pour protéger les Français là où c'est possible", et "nous permettons à chacun de participer à cet effort collectif dans cette bataille pour le pouvoir d'achat", a assuré Olivier Véran, rejetant tout "procès en impuissance qui pourrait être fait à l'Etat".

Les oppositions sont parties à l'offensive en cette rentrée sur le thème de l'inflation, accusant l'exécutif de ne pas en faire assez pour protéger le pouvoir d'achat des Français.