France: les syndicats d’EDF repartent à l'assaut du projet de réorganisation Hercule

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C’est la quatrième mobilisation en deux mois. Tous les syndicats d’EDF appellent à une nouvelle grève mardi 19 janvier pour protester contre le très contesté projet Hercule.

Le projet Hercule pourrait aboutir à la scission de l'électricien en trois entités : une entreprise publique pour les centrales nucléaires, une autre cotée en Bourse pour la distribution d'électricité et les énergies renouvelables, et une troisième qui hébergerait les barrages hydroélectriques.

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Il a pour but de démanteler EDF, estime François Hommeril, président de la CFE-CGC. « Tout ce qui fait cohérence, tout ce qui fait système dans EDF, sa capacité à délivrer l’électricité en tout point de la France et même les outremers au même tarif, sa capacité à mettre en cohérence la production d’énergie intermittente avec le nucléaire. Tout cela en fait est basculé et mis dans le marché, et cela va fragiliser l’entreprise, en cela qu’elle représente aussi une arme dans le bras du politique », dit-il.

Souveraineté économique

François Hommeril, de la CFE-CGC, note aussi que « l’électricité, le coût de l’énergie, la production d’énergie, sa disponibilité, c’est quelque chose qui est central dans la question de la souveraineté économique. Et que l’État abandonne cette souveraineté à ce titre, parce que c’est je crois aussi l’évaluation qu’on peut en faire, c’est quand même aussi très inquiétant ».

Il n’y a pas de quoi infléchir, cependant, la position du gouvernement, qui avait commandé ce projet à Jean-Bernard Lévy. « Aujourd'hui, EDF va dans le mur si nous ne sommes pas capables de lui donner les moyens d'investir », a déclaré Bruno Le Maire mardi lors de ses voeux à la presse. « Ma responsabilité de ministre de l'Économie et des Finances, c'est de donner à EDF (...) les moyens de se développer et de rester l'une des plus grandes entreprises énergéticiennes de la planète. C'est ça, l'objectif », a-t-il insisté, démentant toute volonté de « démantèlement ».

Mais le projet, qui devait initialement être présenté fin 2019, a pris du retard car il est conditionné à l'avancée de discussions entre la France et Bruxelles, notamment sur le nucléaire. « Nous n'y sommes pas encore », a reconnu Bruno Le Maire, qui s'est engagé à rendre compte aux organisations syndicales de la situation « dès lors que nous aurons une vision plus claire de la position définitive de la Commission européenne ».

Courriers aux élus locaux

Mardi dernier, les patrons des confédérations CFDT, CGT, FO et CFE-CGC ont appelé le président Emmanuel Macron « d'entendre et de mesurer cette très forte mobilisation sociale en renonçant au projet Hercule ».

En cas de débat parlementaire, les fédérations syndicales ont préparé le terrain ces derniers mois en envoyant de nombreux courriers aux élus locaux. Des débats ont eu lieu à la demande des groupes communistes à l'Assemblée et au Sénat et, vendredi, l'interfédérale avait rendez-vous en visioconférence, à l'initiative de l'élu PCF Sébastien Jumel, avec des députés des principaux groupes d'opposition.

Les Français seront-ils amenés à s'exprimer directement ? La cheffe des députés PS, Valérie Rabault, a annoncé son intention de déposer une proposition de référendum d'initiative partagée (RIP) contre le projet Hercule. Qui, pour voir le jour, devra surmonter autant d'obstacles que le demi-dieu auquel il doit son nom.