France: les syndicats alertent sur l'«hécatombe» des accidents du travail

Pour la première fois en France, un rassemblement de syndicats dénonçant l'« impunité patronale » face aux maladies et accidents professionnels a été organisé ce jeudi à Paris, à l'occasion de la journée internationale pour la santé et la sécurité au travail.

Se mobiliser à l'occasion de cette journée du 28 avril, choisie par l'OIT en 2003, « n'est pas une tradition en France », a rappelé Louis-Marie Barnier, sociologue du travail et syndicaliste. Mais cette année, plusieurs syndicats professionnels de la CGT ou SUD Industries se sont mobilisés devant le ministère du Travail contre ce qu'ils qualifient d'« hécatombe ».

« Les accidents sont considérés comme faisant partie du métier, alors que souvent, ils résultent des choix d'organisation du travail pris par les entreprises », ajoute M. Barnier. « Si un employeur sait qu'il existe 1% de risque, il le prendra quand même, se disant "ça a peu de chance d'arriver" ».

La France, pays où l'on meurt le plus au travail

La France est d'ailleurs le pays européen où l'on meurt le plus au travail avec 7 800 décès en dix ans, selon les chiffres de la Confédération européenne des syndicats. Avec l'Espagne, il s'agit des deux seuls pays où la tendance est à la hausse. Ailleurs, le nombre de décès est moins élevé et surtout il diminue. En Allemagne, on en compte 3 100, encore bien moins en Roumanie ou au Portugal.

Les syndicats appellent notamment à « plus de prévention » au sein des entreprises, car l'inspection du travail « ne contrôle généralement qu'après que l'accident a eu lieu », selon l'un des membres de SUD Industrie.

Ils réclament aussi des sanctions judiciaires plus lourdes. « On en a marre d'en crever », a déclaré Frédéric Mau, de la CGT du bâtiment. Employé dans le BTP depuis 30 ans, il dit que le secteur compte « un mort par jour travaillé et 5 000 accidents avec séquelles par an », qui entraînent une « solitude sociale épouvantable » chez les victimes, insuffisamment réparée.

Plus de 1 000 accidents mortels et de trajet chaque année

Pour les syndicats, la suppression des Comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) en 2017 a eu un effet « désastreux » sur la santé et la sécurité au travail. « Ces questions ne peuvent pas être traitées dans des cadres collectifs qui ne sont pas dédiés à la santé et dépourvus de pouvoir autres que consultatifs ».

En France, « plus de 1 000 accidents mortels du travail et de trajet » surviennent chaque année, uniquement dans le secteur privé. Un rapport de la sécurité sociale, publié en septembre dernier, estimait aussi que la moitié des accidents du travail n'étaient pas reconnus comme tels.

(Avec AFP)

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