France: Raz-de-marée vert aux municipales, Philippe élu au Havre

par Marine Pennetier et Elizabeth Pineau
FRANCE: RAZ-DE-MARÉE VERT AUX MUNICIPALES, PHILIPPE ÉLU AU HAVRE

par Marine Pennetier et Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - La puissante poussée écologiste à Marseille et Lyon, notamment, le succès du Premier ministre Edouard Philippe au Havre et la facile victoire d'Anne Hidalgo à Paris constituaient dimanche les premiers enseignements d'un second tour des élections municipales en France sévère pour Emmanuel Macron.

Les électeurs se sont rendus aux urnes protégés par un masque pour ce scrutin reporté de trois mois pour cause d'épidémie de coronavirus, où l'abstention a été forte : 59,5% selon le ministère de l'Intérieur.

Un an après leur troisième place aux élections européennes, les Verts, alliés aux forces de gauche, sont les grands gagnants de ce scrutin avec des victoires éclatantes à Lyon et Marseille, où s'achèvent respectivement les ères Gérard Collomb et Jean-Claude Gaudin.

L'écologiste Grégory Doucet l'emporte dans la capitale des Gaules et la candidate de l'union des gauches Michèle Rubirola est arrivée en tête dans la cité phocéenne avec près de 40% des voix.

Les Verts l'emportent aussi à Strasbourg, avec Jeanne Barseghian, et avec Pierre Hurmic à Bordeaux, une ville détenue par la droite depuis l'après-guerre.

La poussée des écologistes "elle est historique, c'est une incroyable vague verte", a déclaré sur LCI le député européen Europe Ecologie-Les Verts (EELV) Yannick Jadot.

"C'est un immense défi, il ne faut pas se leurrer", a temporisé sur la même chaîne l'ancien parlementaire écologiste européen Daniel Cohn-Bendit.

En début de soirée, Emmanuel Macron a félicité Edouard Philippe pour sa "belle victoire" avec 58,8% des voix au Havre, où le Premier ministre a battu un candidat communiste.

"C'est une victoire éclatante", a commenté Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'institut de sondages Ifop. "Edouard Philippe tient l'édifice macronien quand on voit sa popularité à droite chez les retraités et les sympathisants républicains."


AUBRY RÉÉLUE D'UN CHEVEU À LILLE

A Paris, la socialiste Anne Hidalgo a dit sa joie d'avoir été réélue avec plus de 50% des voix, selon des résultats encore partiels. En lice pour un quatrième mandat à Lille, Martine Aubry l'a emporté d'un cheveu face au candidat EELV Stéphane Baly.

Le Parti socialiste peut aussi s'enorgueillir d'avoir gagné à Nancy, Nantes, Quimper, Brest, Clermont-Ferrand, Rouen, Laval, Le Mans et Saint-Denis, ancien fief communiste remporté par Ericka Bareigts.

A l'autre extrémité de l'échiquier politique, le député Rassemblement national Louis Aliot l'a emporté à Perpignan, 122.000 habitants, la plus grande ville conquise par le camp de Marine Le Pen. La présidente du RN a salué une "vraie grande victoire" qui marque selon elle "la fin du front républicain" contre son camp.

Parmi les autres résultats, le président du MoDem François Bayrou a été réélu à Pau, de même que le maire "Macron compatible" de Toulouse, Jean-Marc Moudenc.

Trois ans après l'entrée d'Emmanuel Macron à l'Elysée, LaRem ne conquiert donc aucune grande ville et se contente de remplir son objectif de faire élire 10.000 de ses représentants dans les conseils municipaux, comme l'a indiqué la porte-parole du gouvernement sur France 2, Sibeth Ndiaye, tout en confiant sa "déception" face aux divisions.

Pour Frédéric Dabi, ces élections sont "catastrophiques" pour le chef de l'Etat. "Les ingrédients d'une victoire municipale reposent sur un triptyque bilan-incarnation-projet, ce que La République en marche n'avait absolument pas."

Emmanuel Macron s'est engagé à "réinventer" sa présidence, avec notamment la présentation en juillet d'un plan détaillé des deux dernières années de son mandat, censées le mettre en orbite pour le scrutin de 2022.

Le renouveau pourrait passer par un remaniement gouvernemental pour lequel le président devra tenir compte du message "vert" des municipales, alors qu'il reçoit lundi les membres de la Convention citoyenne pour le climat.

"Demain le président sera très offensif dans son adresse à la Convention citoyenne. La suite s’écrira dans la continuité", a dit un membre de son entourage à Reuters.


(Avec Richard Lough, Michel Rose et Benoît Van Overstraeten, édité par Gwénaëlle Barzic)