France: ouverture du procès de Nicolas Sarkozy pour l'affaire des «écoutes»

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Un ancien président de la République sur le banc des accusés. C'est une première en France. Nicolas Sarkozy comparaît à partir de ce lundi 23 novembre 2020 devant le Tribunal correctionnel de Paris, pour corruption et trafic d'influence, dans l'affaire dite des « écoutes ». La justice soupçonne Nicolas Sarkozy d'avoir cherché, avec l'appui de son avocat, Maître Thierry Herzog, à obtenir des informations dans une procédure le concernant auprès d'un haut magistrat, Gilbert Azibert, contre une promesse d'intervention pour un poste prestigieux à Monaco.

L'affaire « Paul Bismuth » est l'autre nom de ce dossier. Paul Bismuth, c'est l'identité utilisée pour ouvrir les deux lignes de téléphone dont se servaient Nicolas Sarkozy et Maître Thierry Herzog pour se parler discrètement.

Début 2014, ils se savent en effet écoutés dans le cadre de l'enquête sur le financement libyen supposé de la campagne présidentielle de 2007. Lorsque les policiers découvrent l'existence de ces lignes secrètes, ils décident de les surveiller elles-aussi.

Des conversations entre les deux hommes, il ressort, selon les enquêteurs, que Nicolas Sarkozy et son avocat ont obtenu de Gilbert Azibert, haut magistrat à la Cour de cassation, des renseignements concernant une procédure lancée par l'ancien président, en marge de l'affaire Bettencourt.

Des informations couvertes par le secret professionnel, mais aussi des tentatives pour influencer ses collègues, en échange desquelles Nicolas Sarkozy s'engage à lui donner un coup de pouce pour décrocher un poste à Monaco que Gilbert Azibert convoite mais ne décrochera finalement jamais.

Dans un réquisitoire datant d'octobre 2017, le Parquet national financier juge les méthodes employées par Nicolas Sarkozy dignes d'un « délinquant chevronné ». Les trois hommes risquent 10 ans de prison et un million d'euros d'amende.

Le procès devrait s'ouvrir, puis être ajourné dès ce lundi 23 novembre, Gilbert Azibert ayant déposé une demande de renvoi pour raisons médicales.

♦ Nicolas Sarkozy toujours soutenu par sa famille politique

« Nous soutenons notre président de la République parce que nous pensons que cet acharnement à son égard est malsain pour la démocratie en général. » Il n'est pas question de lâcher le plus populaire des hommes de droite. Comme beaucoup de députés LR qui n’hésitent pas à parler de chasse à l’homme, Damien Abad soutient Nicolas Sarkozy et s'interroge : « Au-delà de la question du président de la République, il y a quelque chose de profond qui m'inquiète dans l'évolution de la société française, c'est la judiciarisation à outrance de la vie politique française. »

Dans le viseur de la droite, de supposés magistrats militants aux motivations politiques. « Que ce soit Nicolas Sarkozy ou d’autres, on attend une indépendance de la justice et qu’elle travaille en sérénité », souligne le député Philippe Gosselin.

Un soutien inconditionnel de la droite à son champion. Faute de mieux, à un an et demi de la présidentielle, les Républicains n’ont toujours pas de candidat naturel, rappelle Philippe Gosselin : « Je le dis sans aucune difficulté, si Nicolas Sarkozy peut être un recours le moment venu parce que la situation l'exigerait, etc., je trouve que c’est plutôt rassurant d’avoir un homme d’expérience qui pourrait être là, pas simplement pour sa famille politique, mais pour l’ensemble du pays. »

Nicolas Sarkozy ne cesse de le répéter : il a fermé la porte de la politique partisane. Ce qui va très bien à la jeune génération qui rappelle aussi que les affaires « ça commence à bien faire » et que l’image de l’ancien président à la barre pourrait « faire du mal » à sa famille.