En France et dans le monde, des milliers de manifestants contre les violences policières

L'onde de choc provoquée par la mort de George Floyd aux États-Unis continue de se propager. Dans de nombreux pays comme en France, ce samedi 6 juin, des manifestations contre le racisme et contre les violences policières ont eu lieu. Plusieurs milliers de personnes ont défilé, réclamant « justice pour tous ».

Surveillés de près par les autorités, les rassemblements antiracistes à Paris, Bordeaux, Lyon, Lille ou Marseille ont rendu hommage à cet Afro-américain mort aux mains de la police, et fustigé le « racisme » et « l'impunité » qui régneraient chez les forces de l'ordre en France.

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Dans la capitale, plusieurs milliers de personnes ont bravé les interdictions préfectorales liées au Covid-19 pour se rassembler place de la Concorde, près de l'ambassade américaine, et, plus tard, sur le Champ-de-Mars, au pied de la tour Eiffel.

À Bordeaux, au moins 2 500 personnes ont défilé derrière des banderoles dénonçant une « police raciste », avant d'observer, agenouillés et pour certains le poing levé, une longue minute de silence.

À Lyon, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dans le centre-ville tandis qu'à Nice 2 500 personnes se sont agenouillées place Massena, au pied de la statue d'Apollon, en mémoire de George Floyd.

La « France se noie dans son racisme. Nous dénonçons les violences policières et le déni de silence des institutions », a assuré à Lyon Arkya Sedime, membre du collectif des Afro-descendants.

À Marseille, plusieurs milliers de personnes se sont élancées du Vieux-Port en début de soirée pour remonter une partie de la Canebière. « Il n'y a plus de présomption d'innocence. On qualifie les gens à l'avance sur leur physique », a commenté Ouiam el-Hamdani, étudiante en droit dans la cité phocéenne.

La quasi-totalité d'entre eux se sont déroulés dans le calme même si des incidents ont éclaté en fin de manifestation à Metz quand le procureur a été légèrement blessé au nez par le jet d'un caillou.

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Le gouvernement admet « un certain malaise »

Objets de polémiques récurrentes ces dernières années, les accusations de violences policières couplées à celles de racisme avaient déjà trouvé un nouvel écho mardi soir à Paris.

Au moins 20 000 personnes avaient alors répondu à l'appel de la famille d'Adama Traoré, mort en 2016 après son interpellation dans le Val-d'Oise, scellant une mobilisation inédite.

Mis sous pression, le gouvernement a réfuté l'existence de tout « racisme structurel » au sein des forces de l'ordre mais a fini par admettre l'existence d'un « certain malaise ».

En première ligne, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a promis d'être « intransigeant » face à tout signe tangible de racisme chez les forces de l'ordre.

Vendredi, le ministre a saisi la justice après la révélation de l'existence d'un groupe privé sur Facebook réservé aux forces de l'ordre et où sont échangés des messages racistes. Le parquet de Paris a ouvert une enquête.

Mobilisation massive à travers la planète

Du Royaume-Uni à l'Australie, en passant par la Tunisie, les manifestants ont bravé les appels des autorités à rester chez soi en raison de la crise sanitaire dans un mouvement de protestation inédit qui s'est greffé sur celui ayant embrasé les États-Unis.

Après plusieurs heures de rassemblement pacifique, des incidents ont éclaté en fin de journée aux abords de Downing Street, dans le centre de Londres. Des projectiles comme des bouteilles ont été lancés sur la police qui a chargé à cheval pour tenter de disperser les manifestants.

Rassemblés auparavant près du Parlement non loin, des milliers de personnes, le visage souvent recouvert d'un masque, mais sans forcément respecter les règles de distanciation, avaient brandi des pancartes reprenant le slogan Black Lives Matter (Les vies noires comptent).

En Australie, premier pays à ouvrir le bal international de l'indignation samedi, des milliers de personnes ont manifesté à travers le pays, brandissant des banderoles « Je ne peux pas respirer », en référence à la plainte prononcée par George Floyd, dont le cou a été obstrué pendant près de neuf minutes par le genou du policier qui l'avait arrêté pour un délit mineur.

Pour les organisateurs, cette affaire trouve de nombreux échos dans leur pays : ils souhaitaient dénoncer aussi le taux d'emprisonnement très élevé parmi les Aborigènes, et les morts - plus de 400 ces trente dernières années - de membres de cette communauté alors qu'ils étaient détenus par la police.

Au Canada, plusieurs manifestations ont eu lieu hier samedi au Canada pour dénoncer la brutalité policière, et d’autres vont se dérouler ce dimanche, notamment au Québec. À Montréal, on attend des milliers de personnes à l’invitation de plusieurs associations des communautés qu’elles soient noires, asiatiques, latinos… Pour une deuxième fois en huit jours, les manifestants veulent que cesse le profilage racial.

Ces manifestations surviennent alors que des organisations autochtones canadiennes ont réclamé samedi 6 juin une enquête publique et impartiale sur la mort d'une jeune femme autochtone, Chantel Moore, 26 ans, tombée sous les balles d'un policier, à Edmundston, au Nouveau-Brunswick (est). Celui-ci venait faire une vérification sur l'état de santé de la jeune femme, à la demande d'un proche. La police d'Edmundston a affirmé que l'agent s'était trouvé confronté à une femme menaçante armée d'un couteau et qu'il avait dû se défendre. Selon la famille, le policier a fait feu à cinq reprises.

En Allemagne, plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont défilé dans l'après-midi partout dans le pays. Les joueurs du Bayern Munich, le leader du championnat, ont également témoigné leur solidarité en s'échauffant samedi avec un t-shirt portant l'inscription « Carton rouge contre le racisme – BlackLiveMatters », avant le match de Bundesliga contre Leverkusen.

Sur la place centrale de Turin (Nord de l'Italie), des jeunes manifestants ont observé huit minutes de silence tandis qu'à Tunis, environ 200 personnes ont réclamé de pouvoir « respirer » face au racisme, qui « étouffe » dans ce pays où des migrants de l'Afrique subsaharienne affirment souvent être victimes d'agressions verbales et physiques.

À Varsovie, en Pologne, un millier de personnes, souvent jeunes et vêtues de noir, ont été rejointes par le candidat de la gauche à la présidentielle, Robert Biedron, le visage masqué.

Au Sénégal, quelques dizaines de militants se sont mobilisés ce samedi 6 juin.

(Avec AFP)