France: ITER, le projet nucléaire censé imiter le Soleil, est lancé

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Le colossal chantier de l'ITER, un réacteur nucléaire censé imiter le fonctionnement du cœur du Soleil, a débuté mardi 28 juillet en France. Lancé il y plus de 15 ans par plus de 30 pays, les espoirs placés dans cette nouvelle technologie sont immenses.

Initié il y a 15 ans, le projet ITER (réacteur thermonucléaire expérimental international) a connu un avancement mardi 28 juillet, avec le début de son assemblage. Un grand jour pour tous ceux qui, à commencer par le président français Emmanuel Macron, voient dans cette expérimentation nucléaire l’avenir. Lors du lancement de ce projet de réacteur de recherche civil à fusion nucléaire, le chef de l'État français a salué « une promesse de progrès, de confiance dans la science » qui est « d’ores et déjà une prouesse scientifique et technologique ».

« Imaginez que l’expérience soit concluante, qu’elle puisse trouver demain des applications industrielles. Nous aurons mis au point une énergie non polluante, décarbonée, sûre et pratiquement sans déchets qui permettra tout à la fois de répondre au besoin de toutes les zones du globe, de relever le défi climatique et de préserver les ressources naturelles », a vanté Emmanuel Macron. De son côté, le président sud-coréen, Moon Jae-In s’est réjoui du lancement du « plus grand projet scientifique de l’histoire de l’humanité » et le « rêve partagé de créer une énergie propre et sûre d’ici à 2050 ».

Un rêve « partagé » ? Oui. Car ce projet a été initié en 2006 par un traité ne regroupant pas moins de 35 pays : l’Union européenne (avec le Royaume-Uni), la Suisse, la Russie, la Chine, l'Inde, le Japon, la Corée du Sud et les États-Unis. Tous rêvent de voir un jour cette nouvelle technologie, censée imiter le fonctionnement du cœur du Soleil, alimenter leur nation en énergie.

Alternative aux déchets nucléaires

Si ce projet nucléaire rassemble tant d’espoir et d’acteurs, c’est parce qu’il est déjà annoncé comme révolutionnaire. Fonctionnant à l’inverse d’une centrale nucléaire, dans laquelle l’énergie est créée par la fission de deux atomes, ITER, lui, génèrera de l’énergie grâce à la fusion des atomes. Le même processus de fusion de l’hydrogène qui se produit au cœur des étoiles. Pour résumer, au lieu de briser de gros atomes, le réacteur thermonucléaire va au contraire tenter de fusionner, sous une température avoisinant les 150 millions de degrés, deux petits atomes – du deutérium et du tritium, deux dérivés lourds de l’hydrogène – en un plus gros : l’hélium, provoquant ainsi une réaction s’accompagnant d’une formidable énergie.

Mais si la technologie fait rêver ses promoteurs, c’est surtout le bilan environnemental de cette installation qui provoque un tel engouement pour le projet. Si la fusion, à l’instar de la fission, produira tout de même des déchets nucléaires, ils seront de « bien plus faible activité », précise-t-on du côté de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Un thermoréacteur ITER ne produit pas de déchets de haute activité à vie longue (HAVP), en revanche, il produit tout de même des déchets à faible et moyenne radioactivité, qu'il faudra stocker pendant une centaine d'années.

De plus, les conséquences potentielles d'une dispersion du tritium (l'un des deux isotopes de l'hydrogène) dans l'environnement seraient « beaucoup plus faibles qu'avec un réacteur nucléaire », selon l'IRSN qui rappelle « qu'il convient de considérer cette voie de rejets dans l'environnement dès la conception ».

Il va toutefois falloir être patient pour voir ce projet alimenter nos villes. Le projet ITER est uniquement expérimental et n’a pas vocation à être relié au réseau électrique. S'il devrait atteindre sa pleine puissance en 2035, il faudra attendre au minimum 2060 pour qu’un réacteur de cette technologie fournisse de l’électricité.

« Un gigantesque gouffre financier »

Si Emmanuel Macron voit en l’ITER « un acte de confiance en l’avenir », les associations de protection de l’environnement ne sont pas du même avis. Après l’annonce du chef de l’État, celles-ci sont montées au créneau, dénonçant la poursuite de « la folie nucléaire ». Dès le début de ce projet, plusieurs scientifiques, dont les prix Nobel de physique Pierre-Gilles de Gennes (1991) et Masatoshi Koshiba (2002), émettaient des réserves quant à ce projet « de prestige », qui « offre peu de chances de réussite » et qui pourrait avoir des conséquences sanitaires sur la population proche du site.

Estimé en 2001 à 5 milliards d’euros, le coût de l’ITER dépasse désormais les 20 milliards. « Un gigantesque gouffre financier », selon l’association Sortir du Nucléaire, pour laquelle « les mêmes sommes dépensées dans les énergies renouvelables et les économies d’énergie créeraient bien plus d’emplois durables ». Depuis 2019, entre 2 000 et 3 000 personnes sont mobilisés pour les travaux de construction et d'assemblage de la machine.

Mais surtout, ce projet « ne répond pas du tout à l'urgence climatique », explique à RFI Martial Château, membre du réseau et professeur de physiques appliquées. Il évoque notamment un projet « hypothétique ». « On se lance dans un énorme chantier, alors qu’il y a plein d’éléments qu’on ne sait pas faire », regrette-t-il en évoquant des problèmes d'accès à l'eau, notamment autour de la Loire. « Chaque réacteur absorbe plusieurs mètres cube d’eau par seconde et comme il y en a 14... Avec la crise climatique et le manque d’eau criant, on va vers des difficultés pour alimetner en eau les réacteurs. ».

Même son de cloche chez Greenpeace. Selon l’ONG, le calendrier qui ne prévoit « pas de projets de fusion nucléaire avant 2050, dans le meilleur des cas » est « incompatible » avec l'urgence climatique. De plus, « la technologie produirait quand même des déchets radioactifs qui représenteraient un problème pour des centaines d’années et nécessiteraient d’être financés et stockés », critique l’organisation.

Cinq années de retard et un budget qui a explosé… « Les plus grandes avancées de l’histoire ont toujours été des paris, des parcours semés d’embuches », a rappelé Emmanuel Macron qui compte bien montrer que « grâce à la science, demain peut être meilleur qu’hier ».