France: le grand résistant et secrétaire de Jean Moulin, Daniel Cordier, est mort

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Daniel Cordier, grand résistant et ancien secrétaire de Jean Moulin est mort à l'âge de 100 ans ce vendredi 20 novembre. Il était l'un des deux derniers compagnons de la Libération, un ordre créé par le général de Gaulle en 1940 en tant que « chef des Français libres ». Un hommage national lui sera rendu a annoncé Emmanuel Macron.

Raconter en quelques mots la vie de Daniel Cordier, c'est faire le portrait d'un homme libre dont le destin a été forgé par la Seconde Guerre mondiale. Issu d'une famille bordelaise bourgeoise et antisémite, il s'engage dans la résistance à 20 ans après l'armistice et devient deux ans plus tard le secrétaire de Jean Moulin, haut fonctionnaire rallié à la France libre envoyé à Lyon par Charles de Gaulle pour tenter d'unifier les mouvements de résistance qui sera arrêté et torturé par la Gestapo avant de mourir en 1943.

À l'été 1941, Daniel Cordier est nommé au service « Action » du Bureau central de Renseignements et d'Action (BCRA), les services secrets des Forces françaises libres (FFL). Parachuté en France en 1942, il est embauché comme secrétaire par Jean Moulin à Lyon et reste à son service jusqu'à son arrestation. Pourchassé par la Gestapo, il retourne en Angleterre et continue de travailler pour le BCRA.

Œuvrer pour la mémoire de Jean Moulin

Toute sa vie Daniel Cordier œuvrera pour la mémoire de Jean Moulin et n'aura de cesse, en archiviste rigoureux reconnu par les historiens eux-mêmes, de documenter la résistance qu'il a dépeinte au quotidien, avec ses zones d'ombres et son impossible union.

À la fin de la guerre, loin du panier de crabes des anciens combattants, c'est vers l'art qu'il se tourne. La peinture moderne est sa passion, il devient galeriste. Dans l'après guerre parisien, il est un collectionneur reconnu qui vit ouvertement avec un homme, une exception pour l'époque.

À (ré)écouter : [Entretien] Daniel Cordier, grand résistant et secrétaire de Jean Moulin

La dernière partie de son siècle de vie sera consacré à un remarquable travail de mémoire sur la résistance française et ses luttes internes. En 2009, Daniel Cordier restitue ses souvenirs de guerre sous la forme d'un journal Alias Caracalla, récit quotidien au cœur de la résistance qui sera couronné du prix Renaudot essai et fera l'objet d'un film.

Hommage national aux Invalides

Le président Emmanuel Macron a annoncé qu'un hommage national serait rendu à Daniel Cordier, dans la cour des Invalides, probablement en fin de semaine prochaine. « Quand la France était en péril, lui et ses compagnons prirent tous les risques pour que la France reste la France. Nous leur devons notre liberté et notre honneur », a écrit le chef de l'État sur Twitter. Il est prévu que le dernier des compagnons qui s'éteindra sera inhumé au Mont-Valérien, le principal lieu d'exécution de résistants et d'otages par l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.

Son décès suit de peu ceux de deux autres Compagnons : Pierre Simonet, mort le 6 novembre à l'âge de 99 ans, et Edgard Tupët-Thomet, décédé le 9 septembre à l'âge de 100 ans. Un seul compagnon de la Libération est encore vivant, Hubert Germain, lui aussi centenaire, sur les 1 038 distingués par le général de Gaulle pour leur engagement au sein de la France libre pendant l'Occupation allemande.