France: Le gouvernement s’attaque à la précarité menstruelle

En France, le gouvernement s'attaque cette année à un sujet tabou, celui des règles. Au lendemain de la publication d'un rapport parlementaire, il propose une expérimentation; la distribution de protections périodiques gratuites. Parce que même en France, certaines femmes n'ont pas accès à ces produits, pourtant nécessaires quelques jours par mois.

Selon l'association Règles élémentaires, 1,7 millions de femmes françaises se retrouvent en situation de précarité menstruelle. C'est-à-dire que le coût des protections hygiéniques représente un frein pour elle.

Pour bien comprendre, il faut savoir qu'une femme a en moyenne ses règles durant 39 ans, soit 500 fois dans sa vie. Les fabricants recommandent de changer les protections toutes les trois à six heures, pour éviter le syndrome de choc toxique, affection rare mais pouvant être mortelle.

Il y a quelques mois, nos confrères du quotidien Le Monde avait recoupé des données françaises et britanniques pour estimer le coût des tampons et serviettes hygiéniques, auquel ils ont ajouté celui des médicaments antidouleurs. De nombreuses devant y avoir recours. Le budget moyen avoisine ainsi les 7 euros 50 par mois.

Un budget trop lourd pour de nombreuses femmes

Les sans-domicile sont les premières concernées. Il y a quelques années, l'Insee, l'Institut français de statistiques estimait à au moins 40 000, le nombre de femmes sans abri, en âge d'avoir leurs règles. Il faut y ajouter les étudiantes. Le phénomène de leur précarité a été mise en lumière en fin d'année dernière avec la multiplication des manifestations dans les universités du pays. Et puis évidemment, les femmes vivant sous le seuil de pauvreté. Sachant que les femmes sont plus touchées par la précarité professionnelle que les hommes.

Pour une grande partie du million 700 000 femmes évoquées par l'association Règles élémentaires, les dépenses en protections menstruelles peuvent représenter jusqu'à 5% de leur budget.

Une première étape a été franchie, non sans mal le 1e janvier 2016. Avec la suppression de la « taxe tampon ». Les protections étaient taxées comme des produits de luxe, à hauteur de 20%. La TVA a été réduite à 5,5%.

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Le gouvernement français veut expérimenter la gratuité des protections hygiéniques

Les secrétaires d'Etat à l'égalité homme-femme et à la santé ont annoncé ce mercredi une expérimentation dotée d'un million d'euros, pour permettre la distribution de protections gratuites.

C'est l'une des 47 recommandations livrées il y a deux jours par les députés, Laëtitia Romeiro Dias de LREM et Bénédicte Taurine de la France insoumise. Elles proposent que des distributeurs soient installés dans des lieux où les femmes SDF ont accès et que ces dernières soient dotées de carte prépayée. Le rapport recommande d'ailleurs que ces distributions gratuites se fassent aussi dans les établissements scolaires et universitaires.

Des filles et des femmes mieux informées sur les règles

L'une des députées souligne qu'il n'est pas rare qu'une élève de CM2, la dernière classe de l'école primaire, ait ses premières règles, mais que le sujet ne soit abordé qu'en classe de 4e. Elle souhaiterait donc que la question intervienne dès la 6e, c'est-à-dire dès l'entrée au collège, qu'elle soit décoréllée de l'éducation à la sexualité  et qu'elle soit soumise aussi aux garçons.

Développer les moyens d'information sur les règles, c'est aussi permettre aux femmes de connaître la diversité des moyens de protection. Il n'y a pas que les tampons et les serviettes jetables. Il en existe des lavables ou encore des coupes menstruelles qui limitent les coûts.

Le rapport conseille aussi une meilleure information sur les risques sanitaires. Les députées estiment que les fabricants devraient être tenus de mieux informer les utilisatrices de leurs produits des risques de chocs toxiques, notamment lorsqu'un tampon ou une coupe est utilisé trop longtemps, comme la nuit.

Les règles restent un tabou en France

Il aura fallu attendre 2018 pour les publicitaires arrêtent d'utiliser du bleu ou du rose, pour illustrer le flux de sang. Et tout récemment, un fabriquant de protections a fait polémique en utilisant des fruits ou encore des coquillages pour représenter la vulve.

A l'automne, le CSA, le gendarme des médias, avait reçu un millier de plaintes contre cette vidéo. Une pétition a recueilli 18 000 signatures.