France: Dupond-Moretti visé par une plainte des syndicats de magistrats pour conflits d'intérêt

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La fronde contre Éric Dupond-Moretti franchit un cap. Les deux principaux syndicats de magistrat pour « prise illégale d'intérêt ». Ils accusent le ministre de la Justice de conflits d'intérêts liés à ses anciennes activités d'avocat. La Cour de Justice de la République devra décider ou non d'ouvrir une enquête.

L'Union syndicale des magistrats (USM) et le Syndicat de la magistrature (SM) ont porté une plainte « exceptionnelle » contre le garde des Sceaux, devant la Cour de Justice de la République (CJR).

« Un ministre de la Justice a-t-il le droit d'intervenir dans un dossier le concernant ou concernant ses anciens clients ? L'USM, le SM et l'immense majorité des magistrats pensent que non. Éric Dupond-Moretti, lui, pense que oui. Le président de la République ne trouve rien à redire. Nous sommes donc face à un blocage institutionnel », s'est justifiée Céline Parisot, présidente de l'USM.

Les deux syndicats reprochent notamment à l'ancien avocat d'avoir lancé en septembre des poursuites administratives contre trois magistrats du parquet national financier (PNF) qui avaient participé à une enquête préliminaire visant à identifier la taupe qui aurait informé Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog qu'ils étaient sur écoute. Pendant ces investigations, des facturations téléphoniques détaillées de plusieurs avocats, dont celle du futur ministre, avaient été examinées.

« Obsession » des syndicats de magistrats

Ils reprochent également au ministre d'avoir ouvert une autre enquête administrative à l'encontre du juge Édouard Levrault qui avait affirmé, après la cessation de ses fonctions comme juge d'instruction à Monaco, avoir subi des pressions dans le cadre de ses enquêtes. Avant de devenir ministre, Dupond-Moretti avait été l'avocat d'un des policiers mis en examen par ce magistrat et avait critiqué les méthodes du juge.

« Dire que les relations entre les magistrats et leur ministre est au beau fixe serait exagérer mais prétendre qu'il s'agit d'une action corporatiste serait mentir », a affirmé Katia Dubreuil, présidente du SM. L'entourage du garde des Sceaux a dénoncé une « obsession » des syndicats de magistrats. « Cet acharnement pour unique projet est dommageable pour les magistrats qu'ils sont censés représenter et pour la justice pour laquelle ils ne proposent plus rien depuis tout ce temps », a ajouté cette source.

Aux termes d'un décret du 23 octobre, pour prévenir d'éventuels conflits d'intérêts, c'est le Premier ministre Jean Castex qui a la charge des dossiers impliquant des parties dont Éric Dupond-Moretti a été l'avocat ou dans lesquelles il a été impliqué. C'est notamment lui qui gérera les suites de l'enquête sur les magistrats du PNF.

(Avec AFP)