France: le déjeuner embarrassant d'un conseiller d’Emmanuel Macron avec Marion Maréchal

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C’est le journal Le Monde qui raconte ce déjeuner étonnant : en octobre dernier, dans un restaurant parisien, un tête- à-tête entre Marion Maréchal, nièce de Marine Le Pen et Bruno Roger-Petit, conseiller mémoire du président de la République. L’ancienne députée FN était la première étonnée quand elle a reçu cette invitation.

Bruno Roger-Petit n’est pas Emmanuel Macron, mais un conseiller qui ne fait d'ailleurs pas l'unanimité dans l'entourage du président. Cette rencontre a eu lieu « à titre personnel »(...) « Je voulais savoir ce qu’elle avait à dire (...) J’ai dû constater que nous étions en désaccord », se défend le conseiller dans les colonnes du journal du soir.

Bruno Roger-Petit est un ancien journaliste de l'hebdomadaire Challenges. Polémiste à la télévision, il a intégré l'équipe du président après son élection à l’été 2017. Un conseiller de l'ombre, éphémère porte-parole dont la seule apparition publique remonte à l'affaire Benalla. Une piètre prestation qui n'a pas empêché « BRP » de rester dans l'équipe de l'Élysée.

Son rôle : alimenter le président en idées, discuter avec des journalistes et rencontrer des personnalités dont Marion Maréchal. Figure de l'extrême-droite radicale, nièce de Marine Le Pen, ancienne députée FN, elle a depuis pris ses distances avec le parti. Très populaire à droite, elle est le poil à gratter de Marine Le Pen, dont elle conteste la stratégie. Elle a même annoncé qu'en 2022 : elle ne prendrait pas position. Ce qui ferait d'elle, selon certains, une possible rivale.

« Avec l’extrême droite, on ne discute pas »

Cette rencontre entre une égérie de l'extrême-droite et un proche du président pose question. Certains, y compris au sein de la Macronie s'en sont offusqués. « Avec l’extrême-droite, on ne discute pas, on ne transige pas. On la combat », a tweeté le député LREM Hugues Renson.

Cette rencontre n'est pourtant pas complètement une surprise. Car Bruno Roger-Petit est celui qui avait convaincu Emmanuel Macron d'accepter un entretien avec Valeurs actuelles en octobre 2019. Une rencontre avec l'hebdomadaire d'extrême-droite qui avait là aussi provoqué un tollé. Derrière ce déjeuner, derrière cette volonté de rencontrer Marion Maréchal, il y a manifestement le sentiment chez ce conseiller du président que, pour l'emporter en 2022, il va falloir aller sur le terrain de l'extrême-droite. C'est ce qu'on appelle la fameuse triangulation.

La campagne de Nicolas Sarkozy

Cette stratégie a fait ses preuves. En la matière, il y a une référence : la campagne de 2007 et la victoire de Nicolas Sarkozy. Cinq ans après le séisme du 21 avril et de la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le second tour de la présidentielle, Nicolas Sarkozy fait campagne très à droite : immigration, sécurité. Résultat : Marine Le Pen n'est pas qualifiée pour le second tour et Nicolas Sarkozy entre à l’Elysée. Une campagne dont pourrait s'inspirer Emmanuel Macron pour tenter d’être réélu en 2022.

Plusieurs de ses adversaires, notamment à gauche, l'accusent de jouer avec le feu, de tout faire pour avoir Marine Le Pen en face au second tour. Une stratégie risquée car en politique il est rare que la même recette fonctionne deux fois. Certains politologues le disent : en 2022, si Emmanuel Macron fait trop campagne à droite, il pourrait s'aliéner une partie de l'électorat de gauche qui avait voté pour lui en 2017 et ouvrir les portes de l'Élysée... à Marine Le Pen !