France: un an après le premier confinement, l’exécutif et les travailleurs dressent un bilan mitigé

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Un an après le premier confinement qui avait placé la France à l'arrêt le 17 mars 2020, la page de la pandémie de Covid-19 n'est pas tournée. Lors de ce premier bilan de la crise sanitaire, l’exécutif se rappelle du casse-tête logistique auquel il a dû faire face. Pour les travailleurs de deuxième ligne, comme les caissiers, certains s’estiment désormais plus valorisés.

Les masques, les tests, les vaccins : les épreuves logistiques se sont succédé pour le président Emmanuel Macron depuis le début de l’épidémie de Covid-19.

À chaque fois, il a fallu d’abord gérer la pénurie, avec plus ou moins de crédibilité dans la communication. Comme quand les masques manquaient et que la porte-parole du gouvernement affirmait qu’il valait mieux aucun masque qu’un masque mal mis. Idem pour les tests, ou encore les vaccins, pour lesquels le lancement des campagnes a aussi été jugé laborieux.

Des failles dans les décisions

L’épidémie a révélé des blocages et des failles notamment dans la gestion, l’approvisionnement et la mise en œuvre des décisions.

Dans l’exécutif, on concède que tout ne s’est pas fait spontanément et que le chef de l’État lui-même a pu exprimer des « impatiences », mettre la « pression » à certains moments. Mais on insiste sur les choix assumés, comme celui de vacciner en priorité les personnes âgées dans les Ehpad, quitte à prendre plus de temps que nos voisins européens.

Pour Emmanuel Macron, la crise sanitaire a été l’occasion de tester l’efficacité de l’action publique. Et selon un responsable de la République en Marche, nul doute que ce sera une thématique de la présidentielle.

Les travailleurs de « deuxième ligne » entre valorisation et retour à « l’arrogance »

Lors du premier confinement en France, seuls les travailleurs essentiels pouvaient continuer à se rendre sur leur lieu de travail. Cela incluait le personnel soignant, mais également ceux que l'on a appelé les travailleurs de deuxième ligne : à l'instar des caissiers et du personnel des magasins de bouches. Si certains se sentent revalorisés, d’autres affirment que cela n’a été qu’éphémère.

Lorsque des semaines de confinement étaient en perspective, en mars 2020, cela a signifié une ruée vers les magasins pour nombre de Français. Derrière le comptoir de l'épicerie dont il est salarié, Yves se souvient de la tempête : « On a absorbé comme on a pu sur l’instant T, parce que du jour au lendemain, tout le monde s’est précipité dans les magasins, comme si c’était un temps de guerre. Puis les gens ont pris conscience que ça ne servait à rien de s’affoler à ce niveau-là. »

Des provisions au début, puis des petits plaisirs simples. Marc, vendeur dans une fromagerie, n'a pas manqué de clientèle : « Pour pas mal de monde, faire des courses était le bol d’air. On aussi vu des gens qui faisaient quatre fois les courses, pour sortir, sortir et sortir ! »

Le gouvernement a annoncé lundi 15 mars le renouvellement du dispositif de défiscalisation d'une prime allant jusqu'à 1 000 euros, voire 2 000 euros dans certaines entreprises, en 2021 : les « bénéficiaires privilégiés de cette prime » doivent être les travailleurs de « deuxième ligne ».

Marc espère que son patron lui en donnera une comme l'année dernière : « On avait été récompensés par rapport au fait d’avoir justement travaillé, de ne pas avoir râlé ou dit "non, je ne viens pas travailler, parce que je n’ai pas de masque, de gel ou de gants", etc. »

Julien, gérant d'un magasin alimentaire, se satisfait surtout d'une revalorisation du métier en termes d'image : « On nous considère un peu plus, les clients sont moins directifs, moins arrogants peut-être, plus compréhensifs ! »

Mais dans un autre magasin, une vendeuse estime que les « merci » des débuts ont depuis été un peu oubliés.

♦ Le premier confinement a aussi créé des histoires d’amour

Un an après la mise en place du premier confinement en France, qui a duré près de deux mois, de nombreux Français parlent d’une période difficile. Mais pour d’autres, rester à la maison et n'avoir pas grand-chose à faire a été l'opportunité de rencontrer l’âme sœur. Illustration d’une histoire d’amour commencée sous cloche.

« Coucou, ça va ? » lance Cécile après la sonnette de l’application Skype. « Oui, oui, ça va », lui répond Étienne.

Derrière leur écran d'ordinateur, Cécile et Étienne se retrouvent, comme pratiquement tous les soirs. Elle étudie à Madrid, lui travaille à Londres. Voilà maintenant un an qu'ils se sont rencontrés via une application… et le confinement y est pour quelque chose !

« Ça nous a laissé du temps pour qu’on puisse apprendre à se connaître. On n’avait pas de pression, on se parlait et voilà, c’était très sympa », explique Cécile.

Et au fur et à mesure, le fait de se parler, voire de s'appeler, devient un peu comme un fil rouge, un rendez-vous quotidien pour les deux futurs amoureux. « Il y avait quand même quelque chose d’intéressant, je peux dire maintenant même d’important, qui s’est passé pendant le confinement », raconte Étienne.

Après cette période, ils décident de se voir. Première rencontre donc… mais c'est comme s'ils se connaissaient depuis des années. « Il n’y avait pas toute cette gêne qu’on a quand on va boire un verre avec une fille : j’étais assez à l’aise », poursuit Étienne.

Un an plus tard, ils sont en couple. Et pour Cécile, ce confinement a été bénéfique pour leur relation : « Il n’y a rien de très normal dans tout ce qu’on fait : on se parle quatre mois avant de se rencontrer, on part une semaine ensemble alors que c’était la deuxième fois où on s’est vus, et maintenant on sait ce que c’est d’être loin. C’est quand même plus facile et cela fait l'une de nos forces. »

Et pour le premier anniversaire du confinement et donc de leur histoire... Cécile et Etienne ont d'ores et déjà prévu de se retrouver pour un week-end.

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