France: un 1er-Mai très politique émaillé de violences à Paris

Plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont défilé ce dimanche en France à l'occasion du 1er-Mai, dans un contexte très politique, une semaine après l'élection présidentielle.

À Paris, la manifestation s'est élancée en début d'après-midi de la place de la République en direction de la place de la Nation, à l'appel de l'intersyndicale CGT-Unsa-FSU-Solidaires, rejointes par les organisations étudiante et lycéennes Unef, VL, MNL et FIDL. La hausse des salaires, le maintien des services publics et de la protection sociale, et une politique de transition écologique constituaient les principales revendications.

La réforme des retraites était aussi l'un des points de crispation de cette journée « un peu exceptionnelle » cette année, car elle intervient une semaine après la réélection d'Emmanuel Macron, a souligné Philippe Martinez. Le secrétaire général de la CGT envisage une nouvelle mobilisation dès « avant la rentrée, parce que le niveau de mécontentement sur les retraites ou les salaires est très fort ». « Nous sommes opposés résolument (...) à toute forme de recul de l'âge de la retraite », a martelé de son côté le secrétaire général de FO, Yves Veyrier.

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Les législatives en ligne de mire

Ce 1er-Mai revêt aussi une signification particulière pour la gauche, dans le contexte de négociations difficiles pour parvenir à un accord en vue des législatives de juin prochain. Jean-Luc Mélenchon a pris la parole sur une estrade au moment où le cortège parisien s'ébranlait, exhortant à un accord « cette nuit ». Le chef de La France insoumise et le premier secrétaire du PS Olivier Faure se sont plus tard serré la main avant d'engager une brève conversation aux cris d'« Union populaire ! » dans la foule. Jean-Luc Mélenchon a plus tard été aperçu dans un café à discuter avec Sandrine Rousseau, finaliste de la primaire d'Europe Écologie-Les Verts.

« Le troisième tour sera social et écologique, dans les urnes et dans la rue », proclame Rémi, en référence à ces élections législatives. D'autres, comme Adriano, sont venus pour exprimer son opposition au président fraîchement réélu. « C'est symbolique, au lendemain d'une élection, d'être nombreux dans la rue », estime-t-il.

En marge de la manifestation, des accrochages incessants ont opposé les forces de l'ordre à des jeunes vêtus de noir, avec jets de projectiles et grenades lacrymogènes. Le long du boulevard Voltaire, de nombreuses vitrines de commerces ont été détruites, dont celle d'un restaurant McDonald's et de plusieurs banques.

Des « violences inacceptables »

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a dénoncé des « violences inacceptables » et fait état de huit blessés parmi les forces de l'ordre. Le parquet de Paris a indiqué, selon un premier bilan, que 50 personnes avaient été placées en garde à vue, à la suite des violences dans la capitale. Parmi les personnes interpellées figure une femme suspectée d'avoir bousculé un pompier qui éteignait un incendie, et de lui avoir assené avec sa main deux coups sur le casque. Le soldat du feu n'a pas été blessé.

Ailleurs en France, des manifestations ont rassemblé 1 900 personnes à Bordeaux, 3 600 à Marseille, 3 500 à Toulouse, 4 000 à Lyon, 1 500 à Strasbourg ou Saint-Etienne, 2 000 à Lille, selon les chiffres de la police. Au total, le ministère de l'Intérieur a dénombré 278 rassemblements et 116 500 manifestants dans le pays, dont 24 000 à Paris. La CGT a revendiqué en fin de journée « plus de 210 000 manifestants » dans toute la France.

À Rennes, la manifestation organisée dans la matinée et qui a réuni 1 650 personnes selon la préfecture, s'est déroulée dans le calme, mais plusieurs centaines de militants d'ultra-gauche ont joué pendant deux heures au chat et à la souris avec les forces de l'ordre, qui ont fait usage de lacrymogènes et d'un canon à eau. Des feux de poubelles ont été constatés. Des dégradations ont aussi été rapportées à Nantes, où les forces de l'ordre sont intervenues pour disperser des militants d'ultra-gauche, selon la préfecture.

À Marseille, où plus de 3 600 personnes – 15 000 d'après les organisateurs – ont défilé ce matin, la question de la réforme des retraites voulue par Emmanuel Macron était au cœur des préoccupations. « Avec en plus la dégradation des conditions de travail dans l'Éducation nationale, je pense que j'arriverai aux 65 ans sur les genoux », annonce Magalie, professeure dans un lycée professionnel. Pour beaucoup de manifestants, la prochaine bataille contre cette réforme se livrera dans les urnes lors des élections législatives.

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