La France, en état d'alerte, commémore les attentats du 13-Novembre 2015

par Tangi Salaün
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LA FRANCE, EN ÉTAT D'ALERTE, COMMÉMORE LES ATTENTATS DU 13-NOVEMBRE 2015
LA FRANCE, EN ÉTAT D'ALERTE, COMMÉMORE LES ATTENTATS DU 13-NOVEMBRE 2015

par Tangi Salaün

PARIS (Reuters) - Cinq ans après les attentats du 13-Novembre, le Premier ministre Jean Castex a rendu hommage vendredi aux victimes du terrorisme en se rendant sur les différents sites visés par les commandos du groupe Etat islamique (EI), alors que la France est de nouveau en alerte maximale.

Le soir du 13 novembre 2015, une dizaine de djihadistes venus pour la plupart de Syrie avaient frappé aux abords du Stade de France, où se déroulait un match de football entre la France et l'Allemagne, puis sur des terrasses de cafés parisiens et dans la salle de concert du Bataclan, tuant en tout 130 personnes et en blessant de nombreuses autres.

Jean Castex a déposé vendredi matin une gerbe de fleurs devant le Stade de France, à Saint-Denis, avant de se rendre sur les autres sites de la capitale visés par les attaques les plus meurtrières à s'être déroulées sur le sol français depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ces lieux devenus symboliques de la violence djihadiste ont été placés sous haute surveillance à l'approche du cinquième anniversaire des attentats, signe que la menace terroriste n'a pas diminué en France, même si elle a sensiblement changé de nature.

"Il y a une double menace : une menace exogène, des gens viennent de l'étranger (et) une menace très forte endogène, des gens parmi nous, des ennemis de l'intérieur (...) Ces menaces se multiplient", a déclaré le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, vendredi sur Franceinfo.

La commémoration des attentats du 13-Novembre intervient alors que le pays est repassé en état d'alerte maximale après trois attaques à l'arme blanche ces dernières semaines, dont la décapitation du professeur d'histoire Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine et la tuerie dans une église de Nice le mois dernier.

Selon un rapport du Centre d'analyse du terrorisme (CAT), la France a été la cible de 94 actes terroristes entre 2013 et 2019 : 14 attentats, 20 tentatives et 60 projets d'attentats.

"DJIHAD INDIVIDUEL"

Après le pic des années 2015 et 2016, au plus fort des projets orchestrés depuis la Syrie, la tendance était à la décrue jusqu'à la republication début septembre des caricatures du prophète Mahomet par Charlie Hebdo, à l'occasion de l'ouverture du procès des complices présumés du massacre dans la rédaction du journal en janvier 2015.

La France a considérablement durci sa législation et les moyens consacrés à la lutte antiterroriste depuis cinq ans : peines de prison beaucoup plus lourdes pour les auteurs d'attentats et leurs complices, moyens de surveillance électronique accrus, amélioration des échanges d'informations et de la coordination entre services de sécurité...

Mais la nature de la menace a aussi évolué, avec une recrudescence du "djihad individuel" mené par des personnes jeunes, radicalisées grâce à la propagande aisément disponible sur internet et qui lancent des attaques "low cost", souvent à l'aide d'une arme blanche, donc plus imprévisibles.

"La menace est de plus en plus difficile à cerner", souligne un ancien responsable des services de renseignement qui a tenu à rester anonyme.

"On sait surveiller voire infiltrer les réseaux organisés et les mosquées radicales mais on reste assez démuni face aux profils individuels et les moyens ne sont pas suffisants pour mettre un homme derrière chaque suspect."

La prolifération des discours de haine et des contenus violents sur les réseaux sociaux et la multiplication des messageries cryptées rendent encore plus délicat le travail de détection, regrette l'ancien responsable, rappelant que la désormais bien connue "fiche S" n'est qu'un indicateur d'une possible radicalisation, pas de la dangerosité de l'individu.

"On a parfois l'impression de chercher une aiguille dans une botte de foin. Malgré de nombreux attentats déjoués, le risque zéro n'existe pas."

A fortiori quand le but des aspirants djihadistes n'est plus de lancer des attaques de grande envergure faisant un maximum de morts, comme en 2015, mais de frapper d'effroi l'opinion, en décapitant leurs victimes par exemple.

Avec pour objectif, théorisé par les idéologues d'Al Qaïda comme de l'EI, d'enclencher un cycle de représailles contre la communauté musulmane qui alimenterait leur propagande et pousserait les pays visés vers la guerre civile.

(Avec Benoît van Overstraeten, édité par Blandine Hénault)