France: à Lille, un reconfinement qui ne ressemble pas au premier

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En France, le ministre de l'Intérieur demande aux préfets de renforcer les contrôles sur le respect du deuxième confinement, instauré depuis le 30 octobre. Après une période d'adaptation, Gérald Darmanin réclame plus de fermeté, notamment sur les motifs de déplacement des Français.

Contrairement au confinement du printemps dernier, les Français ont le droit de se rendre sur leur lieu de travail et d'emmener leurs enfants à l'école. Cette nouvelle phase de confinement est donc moins stricte que la première. Une souplesse qui donne parfois l'impression d'un confinement qui n'en est pas vraiment un.

À Lille, quatrième agglomération de France, les passants interrogés dans la rue répondent spontanément que ce nouveau confinement n'a rien changé à leur quotidien. « Il y a autant de monde sur les routes et globalement dans les rues », explique l'un d'eux. « Pour moi, il n’y a pas de confinement, là », ajoute un deuxième.

Une vie presque normale ?

Parce qu’ils travaillent, emmènent leurs enfants à l’école ou se rendent au lycée, ces Lillois en oublieraient presque que leur vie sociale est bien amputée, comme si ce fait était déjà intégré après huit mois de crise sanitaire. « C'est vrai que pour la vie sociale, ce n'est pas pareil, confie un habitant. On arrête de voir les amis, on va au boulot directement, sans passer par la case restaurant ou aux bars ».

Même constat du côté des adolescents. « On ne peut pas faire ce qu’on veut après l’école », témoigne un lycéen. « Le week-end, quand on rentre, on ne peut plus rien faire, poursuit un autre. Avant, j’allais à la salle de sport, on ne peut plus… Mais c'est surtout le week-end qu'il y a une grosse différence, ajoute un autre élève. Le reste du temps, dans les rues, c’est la même chose qu'en temps normal ».

Des entreprises qui ne jouent pas forcément le jeu

Un sentiment qui contraste avec certaines données. Depuis le 31 octobre, les distances parcourues en voiture dans l’agglomération lilloise ont baissé de moitié. Il suffit de se rendre sur la Grand'Place, en plein cœur de la ville, pour constater un calme inhabituel. « Vous tombez sur moi, assis au soleil, dehors, un lundi…, rit Boris, en train de déjeuner sur les marches de l'Opéra avec deux collègues. C’est le seul jour de la semaine où je sors de chez moi. Et le reste du temps, je télétravaille ». Pour Pauline, salariée dans la même entreprise, la situation est cependant différente. Son chef ne l'autorise pas à télétravailler. Une décision que la jeune femme ne « comprend » pas. « S'il fallait vraiment éviter tous les contacts, je serais chez moi », déplore-t-elle.

C’est l’une des grandes différences avec le premier confinement. Une grande part des entreprises poursuivent leur activité économique. Et cette fois-ci, certaines rechignent à avoir recours au télétravail. La ministre du Travail, Élisabeth Borne, menace même de sanctions celles qui ne joueraient pas le jeu.

Des stratégies pour contourner le confinement

Un bon nombre de Lillois partage cette difficulté à se plier, à nouveau, à la discipline d'un confinement. Des stratégies se mettent en place. Un jeune homme explique ainsi former « une bulle sociale » avec sa voisine. Ils se retrouvent le week-end pour partager des apéros, ce qu'ils ne faisaient pas au printemps dernier. « On fait toujours attention, argue-t-il, mais c’est vrai qu’on essaie de se voir un petit peu plus. Perdre le lien social, ce n’est pas une solution non plus ».

Éva, croisée à la gare, partage le même sentiment. La jeune femme attend un train pour Paris, où elle se rend pour visiter son grand-père, en mauvaise santé. Elle n'aurait sans doute pas pris cette décision lors du premier confinement, mais la situation est plus souple aujourd'hui. « Je me sens plus légitime qu'avant, déclare-t-elle. Comme tout le monde met un masque,et que des précautions sont prises, on peut se permettre de continuer à agir normalement. ».

Dans le quartier populaire de Wazemmes, inhabituellement calme, Véronique et Kelly discutent après s’être croisées par hasard. Les deux quinquagénaires, à qui la convivialité manque cruellement, admettent elles aussi s'octroyer quelques petites libertés. Kelly confie ainsi s'être rendue la veille en Belgique, accompagnée d'une amie. Mais elle affirme avoir « calculé les risques ». « Mon pire cauchemar n'est pas de l'attraper, mais de le donner à quelqu'un d'autre », explique-t-elle. Son amie Véronique s'autorise quant à elle de petits relâchements « avec des gens familiers. », mais sans exagérer.

Des prises de liberté, dans un confinement qui ne ressemble pas au premier. À Lille comme ailleurs, les Français cherchent à s’adapter comme ils le peuvent à un mode de vie qui pourrait bien s’inscrire dans le temps.