Martin, Français expatrié en Chine : "La quarantaine, ce n'est pas la fin du monde"

Vue aérienne de Dalian, où vit Martin S., un Français exilé en Chine, en pleine épidémie de Coronavirus.

Comme les 30 000 Français vivant en Chine, Martin S., directeur commercial d'un grand groupe chinois, a vécu en première ligne l'épidémie de coronavirus. Après plus de 50 jours de confinement total ou partiel dans la ville de Dalian, où il habite, et alors que les contaminations au Covid-19 se font de plus en plus rares, il nous explique comment la situation a été vécue jusqu'à présent dans l'Empire du Milieu.

Alors que la France finit sa première semaine de confinement, la Chine, épicentre de l'épidémie de coronavirus, semble peu à peu en finir avec le Covid-19. La preuve : le nombre de nouveaux cas locaux est néant depuis plusieurs jours et seuls trois morts ont été annoncés vendredi par le ministère de la Santé, le chiffre le plus bas depuis le lancement des statistiques en janvier. Si l'optimisme est de rigueur, la vie tourne toutefois encore au ralenti dans l'Empire du Milieu, où les écoles, les restaurants, les bars et autres salles de sport sont toujours fermés.

"Soyez sérieux et restez chez vous, ne soyez pas égoïstes"

Expatrié en Chine depuis 2004, Martin S. vient de passer la barre des 50 jours de confinement total ou partiel. Le 14 février il a fêté ses 40 ans en quarantaine, dans son appartement de Dalian, avec sa femme - Chinoise - et des deux filles de 3 et 6 ans. D'emblée, il souhaite lancer un message urgent aux Français : "Soyez sérieux et restez chez vous, ne jouez pas aux cons, ne soyez pas égoïstes. Les soignants sont en première ligne et vont passer un moment très difficile. Ce fut le cas en Chine. Certains vont craquer psychologiquement. Il faut penser à eux. Sortir, c'est prendre le risque d'attraper le virus et de contaminer les gens qui vivent avec vous et de remplir les hôpitaux déjà débordés".

"Le moment où jamais de s'entraider, de réfléchir au sens de sa vie"

Directeur commercial d'un grand groupe chinois spécialisé dans la distribution de fruits, Martin tient à rassurer les personnes qui redoutent l'isolement forcé : selon lui, "le confinement, c'est pas la fin du monde". "Travaillez, bouquinez, faites des jeux vidéo, faites de la musique, faites l'amour, cuisinez, skypez avec les copains et la famille, y'a plein de choses à faire, c'est le moment où jamais de s'entraider, de réfléchir au sens de sa vie, et de faire des trucs qu'on voulait faire depuis longtemps". Même avec des enfants en permanence à la maison ? "J'ai eu de la chance car mes deux filles ont été super cool, confie Martin. Elles sont restées 40 jours sans sortir. On a un balcon mais il faisait froid, donc ce n'était pas la meilleure période côté météo, finalement elles ont très bien vécu le confinement, et avec ma femme tout s'est également très bien passé".

"J'ai vu des choses hilarantes, comme des gens avec des bonbonnes à eau sur la tête..."

Marié depuis 8 ans à une Chinoise, Martin a clairement senti la différence culturelle entre les deux pays, notamment dans la gestion de la crise par son épouse. "Au début, je dédramatisais, alors que les Chinois sont beaucoup plus effrayés par les maladies, ils ont eu le Sras en 2002-2003. J'ai mis plus de temps à réagir que ma femme qui a rapidement tout géré : dès qu'elle a su que ça partait en vrille, elle a acheté des masques et des sprays désinfectants. Les Chinois ne rigolent pas avec l'hygiène. Dans tous les ascenseurs, il y a des paquets de mouchoirs à disposition de sorte que les gens utilisent obligatoirement un mouchoir pour appuyer sur le bouton de leur étage. J'ai vu des choses hilarantes par ailleurs : certains ont mis des boîtes de cure-dents dans les ascenseurs pour appuyer sur le bouton d'étage. D'autres se baladent dans le métro avec des bonbonnes à eau vides sur la tête, en guise de casque anti-virus".

Des mouchoirs sont à disposition dans les ascenseurs pour appuyer sur les boutons d'étage
Des bonbonnes à eau servent à faire des masques anti-virus

"J'aimerais tellement être en France pour partager mon expérience"

Alors que la France est désormais touchée de plein fouet par l'épidémie, Martin rêverait de pouvoir revenir dans son pays natal. "C'est paradoxal mais c'est au moment où tout rentre dans l'ordre en Chine que la France me manque le plus, soupire-t-il. J'aimerais tellement être avec mes proches pour partager mon expérience et faire de la pédagogie. Heureusement, ma famille est connectée à WeChat, donc je peux lui bassiner la tête avec mes consignes. Dans cette situation, je préfère rendre les gens paranos que laxistes. De loin, j'ai l'impression que les consignes des autorités ne sont pas claires, que les Français prennent l'épidémie à la légère, et ça m'inquiète".

"Les 7 premiers jours de confinement ont été très stressants"

À propos d'inquiétude, Martin avoue avoir été quelque peu paniqué au tout début du confinement en Chine. "Fin janvier, juste après le Nouvel an chinois, les consignes ont été très strictes, il ne fallait pas sortir de chez soi, le confinement fut total. Les 7 premiers jours ont été très stressants, on n'avait aucune info, on naviguait à vue, on ne connaissait pas l'impact de la maladie, et comme on est dans un pays où les infos circulent peu, et qu'on n'avait rien d'autre que les infos officielles du régime - triées sur le volet -, ce fut très anxiogène. Mon stress a augmenté avec la barrière de la langue : même si je parle le Chinois, c'est quand même plus rassurant, en situation de crise, de lire ou d'entendre des infos dans ta langue maternelle ou en anglais, pour éviter d'avoir en plus à faire un effort de compréhension".

"En Chine la pollution a largement diminué"

Aujourd'hui, le confinement reste partiel à Dalian (ville de 7 millions d’habitants et 3e port de Chine), où les contrôles de températures sont maintenus dans tous les lieux publics, et où les livraisons de nourriture sont toujours laissées au bas des immeubles. "Je revois quelques voitures dans les rues et les gens sortent un peu plus”, tempère le quadragénaire, qui espère un retour à la normale pour "début mai". Avec le recul, et après plus de 50 jours de confinement, y'a-t-il un quelconque aspect positif à cette crise sanitaire ? "Oui, en Chine, la pollution a largement diminué, donc c'est bon pour la planète, se réjouit Martin. J'espère que ça va faire réfléchir les gens sur le fait qu'on ne joue pas avec la nature, cette épidémie montre que nous ne sommes absolument rien face à elle".

Les livraisons de nourriture sont laissées au bas des immeubles en pleine rue

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