Françoise Vergès «Les féministes blanches n’ont pas intégré dans leur histoire les avortements forcés de la Réunion»

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Dans «le Ventre des femmes», la politologue revient sur le scandale, dans les années 70, des interruptions de grossesse et des stérilisations sans consentement sur l’île, alors que se jouait en métropole la mobilisation pour l’IVG avec le «Manifeste des 343».

En 1970,le Nouvel Observateur publie une enquête intitulée «l’Ile du docteur Moreau». Elle révèle un scandale : à la Réunion, des centaines de femmes sont avortées ou stérilisées à leur insu. Les responsables ne seront pas ou peu condamnés, et l’affaire retombera vite dans l’oubli. La politologue Françoise Vergès (fille du fondateur du Parti communiste réunionais Paul Vergès), titulaire de la chaire «Global South(s)» à la Maison des sciences de l’homme, à Paris, revient sur cette affaire dans le Ventre des femmes (Albin Michel). Elle montre comment la France républicaine réserve un traitement différencié aux femmes selon leur territoire.

Votre livre revient sur une terrible affaire d’avortements forcés, tombée dans l’oubli. Comment fut-elle révélée ?

En 1970, sur l’île de la Réunion, un médecin est appelé au chevet d’une jeune fille de 17 ans baignant dans son sang. Il comprend que cette hémorragie est la conséquence d’un curetage et prévient la police. A l’époque, en France, l’avortement est un crime. L’enquête confirme des rumeurs qui avaient déjà été relayées par la presse : des interruptions de grossesse et des stérilisations sont pratiqués sans consentement sans doute par centaines, sinon par milliers, dans une clinique orthopédique, à Saint-Benoît. A ces faits s’ajoute une importante fraude à la Sécurité sociale - les médecins déclarant des actes factices pour se faire rembourser chaque avortement. Un procès s’ouvre en 1971. Trente femmes ont porté plainte et viennent témoigner : elles sont noires. Les médecins sont en majorité des hommes blancs venus de France, un seul est d’origine marocaine. La fraude à la Sécurité sociale ne sera jamais évoquée : la direction locale refusera de porter plainte. Les (...)

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