François Dubet : «Partout il y a des gisements de protestations, de luttes, voire de violences»

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SIPA

Professeur émérite et ex-directeur d’études à l’EHESS, le sociologue estime dans « Le temps des passions tristes » que, si notre société traverse une crise profonde, notre pays va mieux qu’il ne le croit. Interview.

Paris Match. Trois ans après le mouvement des gilets jaunes , qu’a-t-il révélé dans la société française ?
François Dubet. C’était un mouvement de colère très puissant, mais dans lequel chacun avait ses propres revendications. Il a mis en lumière leur individualisation. Aujourd’hui, on a tous une bonne raison d’être en colère, parce qu’on est jeune ou vieux, que l’on vit à la campagne ou en ville, que l’on est une femme ou un homme, immigré ou né en France, patron ou sans emploi… Les inégalités sont parfois moins fortes qu’hier, mais elles se sont multipliées et chacun les vit comme une injustice personnelle. Il y a autant de raisons de colère que de colères.

Est-ce une rupture ?
Pendant un siècle, nous avons vécu dans une société industrielle où les inégalités étaient organisées autour de classes sociales assez homogènes – les ouvriers, les commerçants, les paysans, les employés, les cadres… – avec des protestations relativement construites. Depuis une vingtaine d’années, ce monde avec ses syndicats, ses partis, sa gauche, sa droite… se fracture et n’encadre plus la vie des individus. Les revendications ne sont plus contenues et elles explosent avec une rhétorique commune : la France d’en bas contre celle d’en haut, le peuple contre les élites, nous contre l’étranger… Mais à l’intérieur, ce peuple est divisé, atomisé, justement par cette multiplication des indignations. À tel point que le mouvement des gilets jaunes a refusé toute revendication commune, tout porte-parole… Pour preuve, à chaque fois que l’une ou l’autre s’y est essayé, elle ou lui s’est fait liquider…

Comment l’expliquez-vous ?
La France se transforme de manière très profonde. Et si les uns prennent le train de la mondialisation, les autres se(...)


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