"Frédéric Beigbeder, patachon et moraliste", la chronique de Bernard Pivot

Longtemps ­Frédéric ­Beigbeder a été un moraliste qui menait une vie de patachon. Ayant passé la cinquantaine, il s'est rangé des voitures (expression qui s'impose, le patachon étant un conducteur de patache). Il vit désormais au Pays basque avec femme et enfants. Il a abandonné les nuits parisiennes qui ont établi sa réputation de noceur, sniffeur, séducteur et baiseur. Dans les boîtes, les quinquas, même célèbres, même décorés mille fois au petit matin de la migraine du jouisseur, ont l'air de vieux fêtards qui n'ont plus rien à fêter.

Conscient des dommages du temps, Frédéric Beigbeder raconte dans un roman autobiographique une nuit mythique à Paris où son double Octave Parango cultive la nostalgie du temps perdu et chéri. Il est au Fouquet's quelques heures avant que le restaurant soit dévasté par les Gilets jaunes. Il célèbre la beauté d'une danseuse inaccessible du Crazy Horse. Puis le ­Raspoutine, le Medellin… Avec l'aide de la kétamine qui sort le consommateur de lui-même et en fait un personnage de fiction, il se rappelle les folles nuits du Caca's Club où l'anarchisme mondain se voulait révolutionnaire et ­n'accouchait "que de soirées élitistes entre ploutocrates arrogants". Octave Parango exalte, exulte et condamne. Il a pris un coup de vieux. Mais il a gardé son humour provocateur. Ainsi constate-t-il que "MeToo a considérablement rallongé le délai entre la rencontre et la pénétration".

Cette nuit doit s'achever dans un lieu et à un horaire bien précis : 8 h 55 d...


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