Foule sur le K2, pour être le premier à en réussir l'ascension en hiver

Cyril BELAUD
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Décidés à braver la démesure des éléments, un froid polaire, des vents de la force des ouragans et un air raréfié à l'extrême, une soixantaine d'alpinistes sont actuellement lancés à l'assaut du K2, seul sommet de plus de 8.000 mètres à ne pas avoir été gravi en hiver.

Une telle affluence est du jamais vu en hiver sur le deuxième plus haut sommet de la planète (8.611 m), situé au Pakistan, dans le massif du Karakoram, à la frontière avec la Chine.

Une poignée seulement d'expéditions hivernales avaient jusqu'ici été menées, depuis la première tentative en 1987-1988. Mais cette année, pas moins de quatre équipes sont à pied d’œuvre.

La situation sanitaire liée au Covid-19 l'explique en partie. "Les gens avaient des projets pour l'année et ils n'ont pu aller nulle part", explique à l'AFP le Néerlandais Arnold Coster. "Nous avons en quelque sorte été sans boulot depuis un an et maintenant beaucoup de gens veulent faire quelque chose."

Cet hymalayiste chevronné co-dirige l'expédition organisée par la société népalaise Seven Summit Treks, forte d'une cinquantaine de grimpeurs de différentes nationalités, dont la moitié de Népalais.

Cette équipe compte quelques Européens réputés, comme l'Espagnol Sergi Mingote qui, à cause du Covid, a dû mettre entre parenthèses son projet de gravir les 14 sommets de plus de 8.000 m sans oxygène en moins de 1.000 jours, mais aussi des clients bien moins expérimentés.

Les autres groupes sont de taille beaucoup plus modeste, comme celui mené par Nirmal Purja, nouvelle star de l'alpinisme népalais.

- La 'montagne sauvage' -

Cet ancien soldat des forces spéciales britanniques, qui a gravi en 2019 ces quatorze "8.000", avec oxygène, en six mois et six jours, nourrit le projet insensé de s'élancer en parapente du sommet du K2.

Escaladé pour la première fois en 1954, le K2 ne se laissera pas aisément vaincre. En été, seulement environ 450 personnes ont atteint le sommet, plus de 80 y trouvant la mort. Et en hiver, personne n'est monté au-dessus de 7.650 m.

Sur le K2, surnommé la "montagne sauvage", les vents peuvent souffler en hiver à plus de 200 km/h et les températures descendre à -60°. En raison de sa position géographique, plus au nord que les autres "8.000", la pression atmosphérique y est plus basse et l'air donc encore plus rare. Son ascension est aussi très technique.

"Plusieurs facteurs doivent converger pour que quelqu'un ait une chance d'atteindre le sommet", observe le blogueur spécialisé Alan Arnette, en évoquant la capacité à s'acclimater, à rester en bonne santé, à gérer les égos, et la chance pour éviter avalanches ou éboulements.

Nirmal Purja, qui dès son arrivée sur la montagne est parti à l'assaut des camps intermédiaires, a le talent et la détermination pour y arriver, mais manque d'expérience des hivernales.

L'équipe Seven Summit Treks espère faire jouer la force du nombre pour installer les cordes fixes et acclimater ses membres à l'altitude, tout en ménageant les organismes.

Mais elle doit aussi s’accommoder de leurs ambitions variables, entre ceux qui veulent monter seuls ou avec l'aide des sherpas, et ceux qui auront recours à l'oxygène ou non.

- 'Pas un bon signe' -

"Nous avons beaucoup de gens différents, avec des idées différentes (...) Il est difficile de gérer toutes ces idées différentes", reconnaît Arnold Coster. "Mais du point de vue des effectifs, si les gens travaillent ensemble, nous avons une meilleure chance."

Les hivernales sur les "8.000" ont longtemps été la chasse gardée des Polonais. Les Népalais n'ont jamais placé le moindre alpiniste sur une première en hiver. Mais ils sont déterminés à réparer cet oubli de l'histoire.

Mingma Gyalje Sherpa, qui a grimpé 13 des "8.000", dont deux fois le K2, et avait renoncé prématurément l'hiver dernier sur cette même montagne, est ainsi de retour avec deux amis sherpas.

Lui aussi est un candidat au sommet. Surpris l'an passé par le froid, il dit avoir retenu la "leçon" et être cette fois-ci mieux préparé. Il ne cache toutefois pas une certaine anxiété à l'idée de retrouver autant de monde sur la montagne.

"Je ne pense pas que ce soit un bon signe d'avoir trop de gens, trop de clients. Parce que cela met la pression sur l'encadrement", avertit-il. "Il y a des gens (...) qui ne veulent pas revenir sans le sommet".

Plusieurs alpinistes de renom ont fait écho à ses inquiétudes, estimant que nombre des personnes présentes sur le K2 cet hiver n'étaient pas suffisamment préparées.

Alan Arnette estime cependant qu'avec ce nombre élevé de prétendants, "les chances sont bonnes qu'au moins une personne" réussisse. Toutefois, met-il lui aussi en garde, "presque tout devra aller quasiment à la perfection, et cela arrive rarement sur un sommet de 8.000 m, encore moins sur le K2".

cyb/sg