Dans la foulée des manifestations, la Chine desserre la vis des restrictions anti-Covid

(Photo d'illustration) - Noel CELIS / AFP
(Photo d'illustration) - Noel CELIS / AFP

Plusieurs villes chinoises ont allégé les règles draconiennes anti-Covid ce vendredi, dans la foulée des manifestations historiques des derniers jours.

La Chine continue de lâcher du lest. Après Canton, plusieurs autres villes du pays ont allégé les règles draconiennes anti-Covid ce vendredi. Ce relâchement intervient dans la foulée des manifestations historiques des derniers jours pour réclamer la fin des restrictions et davantage de libertés.

La colère et la frustration des Chinois à l'égard de la ligne dure sanitaire en matière de lutte contre la pandémie avaient débordé dans les rues le week-end dernier, une mobilisation d'une ampleur inédite depuis des décennies.

Jamais depuis les manifestations de Tiananmen en 1989 le pays n'avait connu une telle gronde. Mais la Chine a rapidement réagi pour étouffer le mouvement, avec une forte présence policière dans les rues et un renforcement de la surveillance des réseaux sociaux.

La piste d'une quarantaine à domicile

En parallèle, plusieurs villes ont commencé à assouplir les restrictions, comme l'abandon des tests quotidiens de masse, un des piliers fastidieux de la vie sous le règne du "zéro-Covid". Ce qui n'a pas empêché pas des échauffourées sporadiques.

Des images publiées jeudi soir sur Internet et géolocalisées par l'AFP montrent des dizaines de personnes face à des agents en combinaison intégrale de protection devant un collège de Yicheng, dans la province du Hubei. Selon la personne qui a publié la vidéo, il s'agit de parents dont les enfants ont été testés positifs et acheminés dans des installations de quarantaine. Sur les images, on voit des personnes en venir aux mains et des parents s'agenouiller, implorant de pouvoir ramener leurs enfants à la maison.

Toute personne testée positive en Chine doit en théorie être placée dans un centre de quarantaine, au confort variable. Mais un radical changement de doctrine semble être actuellement à l'oeuvre.

Dans une analyse publiée vendredi par le Quotidien du Peuple, organe du Parti communiste au pouvoir, plusieurs experts médicaux soutiennent les mesures prises par certaines autorités locales pour permettre d'effectuer cette quarantaine à domicile.

Emprunter le métro sans test PCR négatif

Des responsables de certains quartiers du district de Chaoyang à Pékin ont indiqué que cette mesure est désormais appliquée dans leur zone.

La ville industrielle de Dongguan a annoncé jeudi que les personnes remplissant des "conditions spécifiques" pourront effectuer la quarantaine chez elles - sans préciser quelles sont ces conditions. La mégalopole technologique de Shenzhen, applique une politique similaire depuis mercredi.

Au niveau national, des membres du gouvernement ont aussi signalé qu'un assouplissement plus large de la politique pourrait être envisagé.

S'exprimant mercredi devant le ministère de la Santé, la vice-Première ministre Sun Chunlan a reconnu la faible dangerosité du variant Omicron et l'amélioration du taux de vaccination, selon l'agence d'Etat Chine Nouvelle. C'est pourquoi l'approche de la Chine vis-à-vis du virus "fait face à de nouvelles circonstances", a-t-elle déclaré.

Figure centrale de la stratégie chinoise face à la pandémie, Sun Chunlan n'a pas mentionné le terme de "zéro Covid", laissant espérer que cette stratégie, qui bouleverse depuis trois ans la vie des Chinois et l'économie nationale, serait bientôt assouplie.

Dès lundi, les Pékinois pourront également emprunter le bus et le métro sans avoir à présenter un résultat de test PCR négatif datant de moins de 48 heures, a annoncé vendredi la mairie.

Les usagers devront toutefois continuer à présenter un pass sanitaire au vert, confirmant qu'ils n'ont pas traversé une zone "à haut risque". La même mesure est en place depuis vendredi à Chengdu.

Réouverture des hôtels et restaurants

A Pékin toujours, les autorités sanitaires ont appelé jeudi les hôpitaux à cesser de refuser des soins en l'absence de test PCR de moins de 48 heures. La Chine a en effet connu une série de décès, quand les soins ou les secours ont été retardés par les strictes mesures anti-Covid.

En janvier, une femme enceinte à Xi'an avait ainsi perdu son bébé, après le refus de l'hôpital de la prendre en charge faute de test PCR valide. Ces décès ont été un cri de ralliement pendant les manifestations, un post devenu viral énumérant les cas de tous ceux qui sont morts à cause de négligences liées aux restrictions sanitaires.

De nombreuses autres villes, pourtant touchées par une recrudescence des cas de coronavirus, autorisent désormais la réouverture des restaurants, des centres commerciaux et même des écoles, s'écartant ainsi clairement des règles de confinement qui prévalaient jusqu'ici.

Dans la ville d'Urumqi, capitale de la région du Xinjiang, où un incendie mortel avait déclenché les premières manifestations, les autorités ont annoncé vendredi que supermarchés, hôtels, restaurants et stations de ski seraient progressivement rouverts.

Mais cette levée des restrictions pourrait avoir des conséquences tragiques si elle ne se fait pas en douceur. La population chinoise est en effet peu vaccinée, notamment chez les plus âgés et les plus vulnérables face au virus.

Article original publié sur BFMTV.com

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