A Fos-sur-Mer, les sacrifiés de la pollution

Construite dans les années 1970, la zone industrielle de Fos-sur-Mer est la plus grande de France. La plus polluée aussi ; ouvriers et riverains respirent les rejets nocifs des usines. Les cas de cancer sont deux fois plus nombreux qu’ailleurs. Ici, on vit et on meurt de la pétrochimie ! Tiraillés entre travail et santé, en pleine affaire Lubrizol à Rouen, plus de 200 habitants ont choisi de se battre et portent plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui. Une première en France. Leur combat judiciaire ne fait que commencer. 

Attablé au restaurant Le Mistral gagnant, sur la plage du Cavaou, Daniel Moutet raconte son coup de mou. Avancée sur la mer, la terrasse en bois offre un panorama condensé de Fos-sur-Mer : en face, le golfe et ses eaux bleutées. A gauche, le site industriel de Lavéra et ses torchères de gaz. A droite, la masse de l’usine d’ArcelorMittal crachant fumées blanches, grises et noires, tel le Mordor – le lieu de l’horreur – dans « Le seigneur des anneaux ». A la mi-août, Daniel Moutet, le lanceur d’alerte, a préparé son matériel et embarqué sur un bateau. Objectif : pêcher du thon. Etrange paradoxe : les habitants de Fos vivent dans la zone la plus polluée de France, mais les eaux, riches en nourriture, attirent des thons et des requins énormes, dont certains dépassent les 100 kilos.

Daniel Moutet avait besoin de décompresser. D’autant qu’en 2018 une crise aiguë de diabète l’avait cloué sur un lit d’hôpital. L’ancien salarié du Grand Port maritime de Marseille (GPMM) pourrait profiter de sa retraite et de ses petits-enfants. Au lieu de ça, il mène le combat de sa vie, jusqu’à porter plainte au pénal contre X pour mise en danger de la vie d’autrui. Un sacré caillou dans les chaussures des autorités et des industriels. A ce jour, 208 personnes se sont jointes à la plainte déposée via l’Association de défense et protection du littoral du golfe de Fos (ADPLGF), créée par Daniel Moutet. A ces personnes physiques, il faut ajouter huit organisations et un syndicat, la CFDT Métaux. C’est l’ADPLGF qui règle les honoraires des avocats, Me Julie Andreu et Me Sarah Games pour l’action pénale.

"

Les industriels bafouent la loi

"

Le bureau de Me Julie Andreu, surnommée « la Erin Brockovich de Fos », se situe presque en face du palais de(...)


Lire la suite sur Paris Match