Forum de Davos: les chiffres chocs d'Oxfam sur les inégalités dans le monde

À la veille du forum de Davos, Oxfam publie des chiffres chocs pour dénoncer l’accroissement des inégalités dans le monde. L’ONG veut secouer les grands décideurs économiques et politiques qui se retrouvent chaque année dans ce temple du capitalisme pour officiellement « améliorer l’état du monde ».

De notre envoyée spéciale à Davos, 

C’est devenu un rituel. Chaque année à la veille de la réunion annuelle du Forum économique mondial qui réunit à Davos patrons de multinationales, dirigeants politiques et personnalités de la société civile, Oxfam publie son rapport sur les inégalités dans le monde. Et cette année encore l’ONG cherche à travers des chiffres chocs à frapper les esprits sur l’accroissement de ces inégalités, responsable selon elle du recul de la lutte contre la pauvreté. Depuis 2013 en effet, selon les dernières données de la Banque mondiale, le rythme de réduction de la pauvreté dans le monde a été divisé par deux.

Et les comparaisons chocs, Oxfam n’en manque pas. L’ONG relève ainsi que les 1% les plus riches de la planète possèdent plus de deux fois la richesse de 90% de la population mondiale. Elle souligne également que les 22 hommes les plus fortunés détiennent plus de richesses que l’ensemble de la population féminine d’Afrique. Ou encore que Bill Gates, qui a pourtant dédié une partie de son patrimoine à des causes humanitaires, a vu sa fortune doubler depuis qu’il a quitté la direction de Microsoft. Une « absurdité » pour Pauline Leclère, porte-parole d’Oxfam France, qui dénonce « un système économique défaillant et qui dysfonctionne ». « Il n’est pas admissible qu’une extrême richesse qui se concentre entre les mains d’une poignée de milliardaires côtoie une pauvreté encore trop importante. Aujourd’hui près de la moitié de la population mondiale vit avec moins de cinq euros par jour, le seuil de pauvreté tel que l’a défini la banque mondiale ».

Une rentabilité « démesurée » pour les plus riches

Le rapport d’Oxfam révèle ainsi que les riches sont devenus de plus en plus riches. Au cours de la dernière décennie, leur fortune a bénéficié d’une rentabilité annuelle moyenne de 7,4%. Une « rentabilité démesurée » due, selon l’ONG, à « une baisse de la fiscalité pour les grandes fortunes et les multinationales et une volonté tenace d’échapper à l’impôt ». C’est ainsi que seulement 4% de la fiscalité dans le monde provient de l’impôt sur la fortune. Oxfam dénonce par ailleurs l’évasion fiscale qui selon elle permet aux très grandes fortunes de « se dérober à leurs obligations fiscales à hauteur de 30% ».

Pour Oxfam, ces inégalités ne sont pas une fatalité mais bien « le résultat de politiques sociales et fiscales qui réduisent la participation des plus riches - entreprises et particuliers – à l’effort de solidarité par l’impôt ». Des politiques qui, selon Pauline Leclère, « fragilisent les services publics, qu’ils s’agissent des transports, de l’éducation ou de la santé alors qu’ils sont pourtant décisifs pour lutter contre la pauvreté ».

L'extrême richesse est sexiste

Oxfam déplore par ailleurs que l’extrême richesse « s’appuie également sur le sexisme ». Elle a d’ailleurs choisi de consacrer une large part de son rapport intitulé cette année « celles qui comptent » aux femmes. Ces dernières sont en effet en premières lignes des inégalités et de la pauvreté. « Elles sont les grandes perdantes de notre système économique défaillant, sexiste et injuste », dénonce Pauline Leclère, qui rappelle qu’au niveau mondial, les femmes assurent les ¾ du travail domestique non rémunéré, qu’il s’agisse du ménage, de la cuisine, de la gestion du budget, du soin aux proches ou encore de la collecte du bois et de l’eau dans les pays du sud.

L’ONG a donc calculé la valeur économique que représente ce « travail de soin » (care en anglais). « Cela ne veut absolument pas dire que nous voulons que ce travail soit rémunéré mais il s’agit de se rendre compte de ce que cela représente vraiment », précise Pauline Leclère. Et pour cause, selon Oxfam, ce secteur pèse pas moins de 10 800 milliards de dollars, soit trois fois la valeur du secteur du numérique dans le monde, un secteur en plein essor et qui crée énormément de richesses. En France, il  représente 15% du PIB, un chiffre validé par l’Organisation internationale du travail.

Ce que l’ONG cherche avant tout à mettre en lumière, c’est que ce travail est mal partagé. Ce sont en effet les femmes qui sont majoritairement assigné à ses tâches. Conséquences, déplore Pauline Leclère, « elles sont moins indépendantes économiquement car faute de temps elles ne peuvent pas investir le secteur professionnel, associatif ou encore politique ».