Le foot pro PSG-dépendant

Françoise CHAPTAL
Le PSG propose, le plus haut salaire moyen à ses joueurs, selon une étude multi-disciplinaire réalisée par Global Sports Salaries (GSS)

La filière économique "foot professionnel" génère en France 6 milliards d'euros, soit plus que celles du disque ou du livre... mais un unique club porte les deux tiers de la croissance de ses pairs. Ah, si le PSG n'existait pas !

"Le PSG, c'est l'arbre qui cache la forêt, derrière, les clubs font le dos rond", expliquait Philippe Diallo, directeur général de l'Union des clubs professionnels de football (UCPF), lundi matin, en rendant publique la 3e édition du Baromètre des impacts économiques et sociaux du foot pro (soit 40 clubs de L1 et L2 ainsi que 4 clubs de National ayant conservé leur statut pro).

"Les clubs ont été touchés par la crise et sauf l'arrivée de nouveaux actionnaires, la situation est plus difficile pour les clubs en raison des problèmes de leurs partenaires et sponsors", poursuivait-il.

Un seul chiffre pour mesurer la hauteur de l'arbre parisien et le désert que masquent ses bons résultats financiers: sur la saison 2012-2013, les clubs pro français ont globalement enregistré une croissance de 20,8% de leur chiffre d'affaires cumulé (1,5 MdE).

Mais si l'on exclut le PSG du calcul, il est en diminution de 3,7% (à 1,1 MdE), en raison notamment de la baisse de 61 millions des droits télé pour 2012-2016, et de la forte diminution des recettes de sponsoring liée à la crise.

Avec 400 millions de CA, le club de la capitale -- devenu propriété des Qataris de QSI en 2011 -- enregistre en revanche une progression de 100% sur cette même période. Et engrange à lui seul plus d'un quart des revenus des 44 clubs pro.

En dépit de la locomotive parisienne, les revenus du foot professionnel en France restent largement distancés par ceux de ses rivaux européens. A droits télé comparables (620 ME contre 632 ME en France), la Bundesliga a encore creusé l'écart avec la L1: le différentiel entre leurs revenus a ainsi augmenté de 37% en six ans, grâce notamment à la capacité des clubs allemands à générer de fortes recettes les jours de match dans des stades de nouvelle génération.

- Le BTP dope l'emploi -

"Le total des revenus strictement liés à la compétition (droits TV, billetterie, sponsoring) ne couvre pas les charges", décrypte Philippe Diallo. "Les clubs enregistrent un déficit de 300 millions. Le seul mécanisme qui permette de retrouver l'équilibre est celui des transferts, il s'agit de trouver un complément de revenu pour revenir à l'équilibre."

L'écart entre les championnats européens en matière de compétitivité tient en effet à la grande différence de traitement des clubs du continent en matière fiscale.

Quand en France un club débourse 504.000 euros de charges (hors taxe à 75%) pour un salaire annuel brut de 1,8 million, son homologue allemand verse lui 12.000 euros de cotisations !

En 2013, les clubs pro ont payé 714 ME de cotisations sociales et fiscales (dont 23 de taxe à 75%), soit la moitié des contributions de la filière (les clubs mais également les sous-traitants, les équipementiers, le BTP, les médias, les paris en ligne) qui se montent à 1,54 MdE, alors que les clubs ne représentent que 25% de ses revenus.

En hausse de 19% à 6 MdE, le chiffre d'affaires total de cette filière est accompagné d'une augmentation du nombre d'emplois directs et indirects générés par ses activités. Le "foot pro" occupe aujourd'hui 26.107 actifs, à temps partiel ou plein, soit 1000 de plus qu'en 2013. Une hausse directement liée à la campagne de rénovation ou contruction de stades, en vue de l'Euro-2016.

"Pour que les nouveaux stades soient un relais de croissance, il faut que les clubs soient associés à leur gestion", conclut Philippe Diallo en pointant qu'en France, un seul d'entre eux, l'Olympique Lyonnais, est aujourd'hui propriétaire de son enceinte, vecteur de croissance des années à venir.