Foot: Nasser Larguet, un technien discret et respecté sur le banc de l’OM

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Marseille-Paris Saint-Germain, ce match de foot sent déjà le soufre en temps normal. Et encore plus ce 7 février 2021, dans un contexte marseillais tendu. L'OM traverse sa semaine la plus difficile depuis bien longtemps, avec la mise à sac de son centre d'entraînement. Des débordements qui ont entraîné le report de son match contre Rennes, avant qu'André Villas-Boas, l'entraîneur portugais ne claque la porte en raison d'un désaccord avec sa direction sportive. Dans ce contexte, Nasser Larguet, le directeur du centre de formation, a pris en main l'équipe première, en pompier malgré lui.

« Merci de m'accueillir chez vous ». Pour sa première face à la presse, le Marocain affichait un franc sourire. Derrière ses lunettes rondes, Nasser Larguet savourait, sans excès. Invité surprise de la saison marseillaise, le technicien marocain, premier Africain à entraîner l'Olympique de Marseille (OM), doit assumer, quelques jours après son arrivée, le poids d'un OM – PSG, avec l'envie de retourner rapidement à sa passion première : la formation. « Je veux faire juste mon métier, ce qui m’a été demandé par le club, et espérer revenir le plus vite possible avec mes jeunes, expliquait-il vendredi,. Sans dénigrer ce que je vis tout de suite… c’est du pur bonheur ».

Des débuts en Normandie

Son bonheur, il l'a cultivé comme une pelouse verte parsemée des jeunes pousses avec lesquelles il travaille depuis son arrivée à Caen au milieu des années 1980. Pascal Théault, aujourd’hui formateur à l’ASEC Mimosas d’Abidjan, a découvert Larguet en 1985 lorsque le jeune homme était arrivé en Normandie pour suivre ses études. « C’est ma plus belle histoire sur ce sujet-là, se souvient l’ancien entraîneur de Caen. Il traînait un peu du quartier de la fac, et il y a là un club qui s’appelle l’ASPTT. Il n’avait joué qu’en scolaire au Maroc, mais il ose frapper. J’étais alors responsable des jeunes à Caen et président de l’amicale des éducateurs de la région. Il y a eu une réunion, à laquelle il s’est rendu par curiosité. C’est là qu’il fait ma connaissance et il revient un mercredi en plein hiver, pendant une séance où j’entraînais les gamins. Et là, il me dit : "J’étais à la réunion, vous avez parlé de plusieurs choses, j’aimerais en savoir plus" ».

Quelques mois plus tard, Théault engage le jeune Larguet pour animer des stages de foot-vacances. Le Marocain, entraîneur-joueur du club de Thury Harcout dans le Calvados, aurait alors pu embrasser une carrière de professeur. Il le fut d'ailleurs un temps, en mathématiques, Sciences de la vie et de la terre, et éducation physique. Mais il découvre qu'enseignant, dans le football, ça se dit formateur.

Le voilà directeur de centre de formation, à Rouen, puis Cannes au début des années 1990, avant un retour à Caen, au Stade Malherbe, auprès de Pascal Théault, séduit par les qualités du technicien marocain.

Un formateur incontournable au Maroc

« C’est un véritable directeur, juge aujourd’hui le Français. Et dans directeur, il y a rassembleur, il y a fédérateur. C’est un grand diplomate, d’une rare intelligence. Avec tout ça, une énorme capacité de travail. C’est quelqu’un qui ne mange pas le midi, il travaille. Il fait juste une pause-café… ou thé ». Des qualités qui mèneront Larguet à l'Académie Mohammed VI, alors tout nouveau navire amiral de la formation marocaine. Un retour au pays qui verra de futurs internationaux comme Nayef Aguerd ou Youssef En-Nesyri, révélation du Championnat d’Espagne, accéder au statut de professionnel sous sa férule.

De quoi, surtout, le mener en 2014 à la tête de la Direction technique nationale, avec pour mission de coordonner la politique de formation du foot marocain et redonner à l'équipe nationale son lustre de la fin des années 1990. Pour cela, en 2016, il est à la manœuvre et fait venir un sélectionneur de renom dans le royaume chérifien.

« Nasser a joué beaucoup pour notre venue au Maroc, se remémore Patrice Beaumelle, l’actuel sélectionneur ivoirien, et ex-adjoint d'Hervé Renard au Maroc. C’est quelqu’un de compétent, passionné mais aussi discret. Quand on avait besoin de lui, il répondait présent mais quand il estimait que c’était le moment de s’effacer, il le faisait. En fait, c’est un véritable métronome. Que ce soit dans l’euphorie ou dans les moments difficiles, il reste toujours lucide et calme ».

Le duo français, champion d'Afrique en 2012 avec la Zambie et la Côte d'Ivoire en 2015, travaillera trois ans aux côtés de Nasser Larguet, avec en point d'orgue, en 2018 une qualification pour la Coupe du monde, la première du Maroc en vingt ans.

Mais le manque de résultats, en pros et en jeunes, précipitera son départ en mai 2019. Un chômage toutefois de courte durée, puisque Larguet rebondit à l'Olympique de Marseille un mois plus tard, en directeur du centre de formation.

Et s'il est aujourd'hui n°1, dans le sillage de l'onde de choc de la démission d'André Villas-Boas, le Marocain ne perd jamais l'occasion de rappeler que sa vocation est ailleurs. « Je suis un formateur dans l’âme. C’est ce qui m’habite : être au service des jeunes, leur montrer la voie pour passer professionnel. Je n’ai aucune ambition en termes de médiatisation, estime-t-il. Quand on bascule comme n°1, il faut savoir "switcher" tout de suite dans sa tête et retrouver les réflexes de l’entraînement. C’est revenu naturellement et je veux remercier les joueurs parce qu’ils m’ont mis dans de bonnes conditions ». Nasser Larguet est désormais à la tête d’un OM qui espère que, derrière le formateur aux lunettes rondes et au sourire franc, se cache le réformateur que l'équipe attendait.